"Au cœur de la gouvernance mondiale: viser une vie digne pour chaque être humain" (fr)

02.03.2015

Genf, 02.03.2015: Rede von Bundesrat Didier Burkhalter anlässlich der Eröffnung der 28. Tagung des Menschenrechtsrates - Es gilt das gesprochene Wort

Rednerin/Redner: Didier Burkhalter

©

Monsieur le Secrétaire général,
Messieurs les présidents,
Monsieur le Haut-Commissaire,
Mesdames et Messieurs, chers collègues et amis,

Une fois de plus, j’ai le grand plaisir de vous adresser la bienvenue. Bienvenue en Suisse ! Bienvenue à Genève, qui est en quelque sorte la patrie du Conseil des droits de l’homme ! Bienvenue, aussi à ce débat indispensable ! Car rien n’est jamais acquis définitivement. Cela vaut pour les libertés pour lesquelles tant de personnes se battent avec conviction depuis des siècles. Cela vaut aussi pour ces droits qui appartiennent, de manière inaliénable, à tous les êtres humains; ces droits que nous nommons les droits de l’homme. Ces droits dont la réalité nous remplit de fierté, ces droits qui protègent ce qu’il y a de plus beau et de plus cher dans chacun d’entre nous : la dignité humaine.

Les droits de l’homme sont universels, indivisibles et interdépendants. Ils ont une validité égale pour toutes et pour tous, dans toutes les régions du globe et dans toutes les situations. Il faut le rappeler avec vigueur – et même le marteler - à une époque où les droits de l’homme sont remis en question, relativisés et contestés dans leur universalité.

Cette relativisation constitue aujourd’hui un danger qui déploie ses effets partout dans le monde et dans plusieurs domaines: la liberté d‘expression est restreinte ; la censure et l’autocensure se propagent ; l’intolérance se répand ; le dialogue et la compréhension mutuelle cèdent devant les préjugés, les accusations et les sentiments de vengeance.

L’année dernière, en tant que président de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (l’OSCE), j’ai constaté que les droits fondamentaux sont sous pression dans de nombreux pays. La liberté de la presse, la liberté d’assemblée pacifique, les activités des défenseurs des droits de l’homme : autant de domaines qui peuvent être mis en cause. Il faut se battre avec conviction pour les libertés fondamentales et la Suisse le fait.

Les droits de l’homme constituent un socle de valeurs communes, basées sur la tolérance à l’égard des différences religieuses, idéologiques ou de mode de vie. Cette tolérance, nous devons la vivre et la défendre en tout premier lieu ici, chez nous, au quotidien. Lorsque ces valeurs universellement valables sont attaquées, lorsqu’elles sont confrontées à la haine et à l’intolérance, la meilleure façon de les défendre est de les réaffirmer et de les renforcer. La tolérance et l’acceptation des différences font la force de notre société ouverte et libérale. Il faut préserver cette force.

Lorsque les droits de l’homme sont sous pression, ce sont la stabilité et la paix qui sont remises en question. Et c’est bien le cas aujourd’hui.

Les droits de l’homme menacés par l’instabilité

En 2015, de multiples crises sévissent dans différents endroits de la planète. Chaque personne réfugiée ou déplacée est une tragédie humaine. Et nous n’avions plus compté autant de tragédies depuis la seconde guerre mondiale

Près d’un million de personnes déplacées par la crise en Ukraine ; plus de onze millions d’enfants, de femmes et d’hommes ayant dû quitter leur maison en raison de cette si longue guerre civile syrienne: cet environnement international est un terreau fertile pour l’arbitraire, les violations et les abus des droits de l’homme de toute part. Nous devons en être encore davantage conscients, nous engager encore davantage pour les réfugiés syriens et pour trouver une solution politique à la crise ukrainienne.

La Suisse s’engage pour que les droits de l’homme soient respectés en tout temps, pour assurer la protection des hommes et des femmes aussi lors de crises internationales et de conflits armés. Deux exemples :

• D’abord, contre la torture : commettre des actes inhumains, même au nom de la lutte contre la barbarie, ne fait que nourrir la spirale de la violence. Nous devons agir sans jamais perdre la force de nos valeurs.
Rien ne justifie l’usage de la torture ou d’autre peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Où que ce soit dans le monde, même dans des contextes aussi dramatiques qu’en Syrie, en Afghanistan, en Libye ou en Ukraine.
La Suisse s’engage avec conviction pour la prévention de la torture et tout temps et en tout lieu ; elle en a fait une priorité de sa présidence de l’OSCE l’année dernière et va poursuivre son engagement avec conviction.

• Ensuite, pour le droit humanitaire: les droits de l’homme sont particulièrement menacés dans le cadre de conflits armés. Outre les droits de l’homme, des normes spécifiques - celles du droit international humanitaire – s’appliquent en cas de conflit armé. Le droit humanitaire limite les méthodes et moyens de combat et protège les blessés, les prisonniers de guerre et les populations civiles. Près de 200 Etats ont adhéré aux Conventions de Genève et ont pris ainsi l’engagement « de les respecter et de les faire respecter ».
Les Conventions de Genève et les valeurs d’humanité qu’elles incarnent sont  donc pleinement universelles. Or, elles sont régulièrement bafouées. Voilà pourquoi la Suisse a lancé, conjointement avec le CICR, une initiative pour renforcer la mise en œuvre du droit international humanitaire. Nous comptons sur l’appui de tous pour faire aboutir cette initiative cette année, lors de la 32ème Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Les droits de l’homme menacés par le terrorisme

Les droits de l’homme ne sont pas seulement menacés dans des pays en crise. Ils le sont également partout où sévit le terrorisme. Ils sont menacés par des groupements terroristes qui attaquent nos valeurs fondamentales au nom d’idéologies obscures.

Qu’y a-t-il, en effet, de plus sombre, de plus noir, que de forcer de petites filles à se faire exploser sur des places de marché pleine de monde ? Qu’y a-t-il de plus cruel que de commettre des attentats contre de jeunes écoliers en train de se préparer à affronter la vie ? Qu’y a-t-il de plus lâche que de chercher à faire taire la liberté d’opinion ? Qu’y a-t-il de plus intolérant que de vouloir détruire les symboles et la réalité d’une religion, qu’elle soit juive, musulmane ou autre ?

Nous devons faire davantage; nous devons faire autrement, aussi: combattre le terrorisme à la racine et par les valeurs. En réaffirmant les droits de l’homme sur toute la planète.

A nouveau, deux exemples de l’engagement de la Suisse :

- En premier lieu, la prévention du terrorisme violent, qui est une priorité de la Suisse dans sa lutte anti-terrorisme. Nous nous engageons pour proposer des alternatives au terrorisme notamment aux jeunes qui pourraient être tentés, par manque de perspectives ou d’alternatives, de commettre des actes terroristes.

La Suisse soutient pour cette raison les efforts du GCERF (Global Community Engagement and Resilience Fund), le Fonds mondial contre l’extrémisme violent. Cette nouvelle initiative de partenariat public-privé est basée à Genève depuis la fin de l’an dernier ; elle vise à mettre en œuvre une stratégie à long-terme pour créer des emplois et donc des perspectives, pour atténuer l’attractivité des extrémismes de tous genres.

La Suisse pratique depuis longtemps l’intégration de toutes les parties de sa société par la formation et le marché du travail ; c’est la meilleure façon de contrer le recours à la violence tout en œuvrant pour les droits de l’homme.

Second exemple : la Suisse s’engage en faveur de l’abolition de la peine de mort, qui n’est pas une réponse digne et efficace face au terrorisme. La peine de mort n’améliore pas la sécurité de la société. Répondre à la barbarie par la barbarie, c’est laisser vaincre le terrorisme. Là encore, nous devons répondre par la force des valeurs, pas par le désarroi de la haine. Voilà pourquoi la Suisse s’engage pour l’abolition de la peine de mort dans le monde d’ici à 2025.

Les droits de l’homme menacés par l’Etat autoritaire

Les crises internationales et le terrorisme menacent donc les droits de l’homme. En outre, les droits fondamentaux sont aussi mis à mal lorsque les Etats cèdent à l’arbitraire et à la violence.

Réduire l’espace de la société civile, par des lois qui limitent leur financement externe ou en créant un climat de peur: tout cela ne fera que régresser notre planète commune.

Il nous appartient de démontrer l’importance, pour progresser ensemble, d’une société civile libre et forte, de protéger les défenseurs de droits de l’homme et de leur donner une voix.

Renforcement institutionnel des droits de l’homme

Nous tous, la communauté internationale, nous devons aider les Etats à prendre leurs responsabilités pour réagir aux violations des droits de l’homme et à les prévenir. Quatre éléments sont déterminants : les moyens, l’agenda, la lutte contre l’impunité et l’intégration des acteurs non étatiques.

Tout d’abord, les moyens : le « pilier des droits de l’homme » est l’un des trois piliers de l’ONU, à côté du pilier du développement et de celui de la paix et de la sécurité. Pourtant, un manque chronique de ressources compromet la mise en œuvre par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme d’activités qui sont mandatées par ce Conseil ou par d’autres organes de l’ONU. Nous devons être plus cohérents et l’ONU doit investir davantage dans les droits de l’homme.

Deuxièmement, l’agenda : les discussions sur l’agenda de développement durable après 2015 présentent une grande opportunité pour renforcer les droits de l’homme au niveau mondial. Il s’agit d’élaborer et d’adopter un agenda robuste lié aux droits de l’homme et qui mette les personnes les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants, au centre de la préoccupation des Etats, au cœur de la gouvernance mondiale. La communauté internationale doit avoir la volonté ferme de viser, pour chacune et chacun sur notre terre, une vie digne.

Troisièmement, la lutte contre l’impunité, qui est une condition pour une société respectant les droits de l’homme. Le Conseil des droits de l’homme a mis sur pied de nombreux instruments en la matière.  

Je pense par exemple aux commissions d’enquêtes indépendantes. En marge de cette session, la Suisse co-présentera un guide pratique destiné aux membres de futures commissions d’établissement des faits, afin de les aider dans leur difficile tâche de monitorage des violations ou de protection des victimes.

Quatrièmement, enfin, l’intégration des acteurs non étatiques : les efforts de la communauté internationale en faveur des droits de l’homme doivent inclure les acteurs non-étatiques. Le rôle des entreprises privées et des acteurs de la société civile est essentiel.

Lorsque les défis sont si nombreux et planétaires, il faut travailler ensemble, tout simplement; mettre en œuvre des solutions en unissant nos forces, tout en reconnaissant nos faiblesses et nos différences de sensibilités. Il y a tout juste cent ans, alors que le monde était déchiré par une grave crise, le Président de la Confédération suisse d’alors appelait à « conjurer ce qui divise et cultiver ce qui unit ». Aujourd’hui, je vous demande exactement la même chose : conjurons ce qui divise et cultivons ce qui unit !

C’est dans cet esprit que la Suisse veut travailler; que mon pays présente sa candidature au Conseil des droits de l’homme pour la période 2016-2018; que mon pays veut prendre ses responsabilités, renforcer le dialogue, promouvoir des discussions constructives en prenant en compte les différentes perspectives; et contribuer ainsi à mieux protéger et promouvoir ce que nous avons, ensemble, de plus précieux : les droits de l’homme.


Adresse für Rückfragen:

Information EDA
Bundeshaus West
CH-3003 Bern
Tel.: +41 58 462 31 53
Fax: +41 58 464 90 47
E-Mail: info@eda.admin.ch


Herausgeber:

Eidgenössisches Departement für auswärtige Angelegenheiten