Discours d’ouverture de la Secrétaire d’Etat Pascale Baeriswyl au 7ème congrès contre la peine de mort, le 27 février 2019 à Bruxelles

27.02.2019

Bruxelles

Rednerin/Redner: Staatssekretärin, Pascale Baeriswyl

Monsieur le Vice-Président du Parlement européen,
Madame la Haute-Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la Politique de Sécurité,
Monsieur le Vice-premier Ministre,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Chères et chers membres d’ECPM,
Chères participantes, chers participants,

Victor Hugo, disait : «l’inviolabilité de la vie humaine est le droit des droits.». Cent ans après son fameux plaidoyer contre la peine de mort, les rédacteurs et rédactrices de la Déclaration universelle des droits de l’homme inscrivaient à l’article 3 : «Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne».

Si nous sommes réunis aujourd’hui dans ce lieu symbolique qu’est le Parlement européen, c’est dans ce seul but : défendre le droit à la vie pour chaque être humain.

Mesdames et Messieurs,

Vous l’aurez compris, la Suisse s’oppose catégoriquement à la peine de mort, partout dans le monde et en toutes circonstances. L’abolition universelle de la peine capitale à l’instar du respect et de la promotion des droits humains, constitue une priorité de notre politique étrangère.

Et nous ne sommes pas les seuls : près de 80% des Etats ont inscrit dans leur constitution le droit à la vie. Cette tendance positive se traduit également avec le nombre d’Etats qui ont, en écho, aboli la peine de mort depuis la création des Nations Unies. A ce jour, 103 États membres ont aboli l’application de la peine capitale pour tous les crimes et 170 l'ont aboli en droit ou en pratique ou ont un moratoire depuis plus de 10 ans.

La Suisse se réjouit et soutient vivement cette tendance globale en faveur de l’abolition et défend fermement les progrès accomplis. Pays-hôte de la capitale des droits de l’homme, la Genève internationale, la Suisse est convaincue que la peine de mort n’est pas un moyen approprié de dissuasion ou de répression.

Et s’ajoute à ceci le risque réel d’exécuter un innocent. Ainsi, nous avons découvert à l’ouverture de l’exposition « Fenêtres sur les couloirs de la mort» de l’illustrateur Chapatte et de la journaliste Widmann à New York en 2017 des tableaux de condamnés à mort d’une intensité rare, touchante, choquante et attristante. Un d’eux, Mr. Ndume Olatushani, présent lors de la 6ème édition de ce Congrès, avait passé 28 ans en prison en attendant son exécution pour un crime qu’il n’a pas commis avant d’être libéré. La peine de mort viole donc également les droits de l’homme les plus fondamentaux par l’attente qui précède à l’exécution et les années passées en isolation qui sont des tortures psychologiques infligées au condamné et à ses proches.

Dans le cadre de la cette 7ème édition de ce Congrès, la Suisse appelle tous les Etats à poursuivre leur engagement sans faille afin de sensibiliser leurs populations au bien-fondé d’un monde sans peine de mort, en particulier, leur jeunesse. Nous invitons aussi tous les acteurs et actrices en faveur de l’abolition, − vous qui êtes présents dans cet hémicycle et tous celles et ceux qui s’engagent aussi à l’extérieur de ces murs− ainsi que ceux et celles qui hésitent encore, à s’unir pour faire valoir que ce châtiment contraire aux droits humains n’est en rien un acte de justice facilitant la réparation.

Afin de concrètement mettre en œuvre cette priorité, la Suisse a lancé en 2017 son plan d’action 2017-2019 pour l’abolition universelle de la peine de mort.

Les trois objectifs à atteindre d’ici la fin de cette année sont:

  1. Un que les pays abolitionnistes soient plus nombreux dans le monde qu’ils ne le sont aujourd’hui
    La volonté de la Malaisie d’abolir la peine de mort est un exemple encourageant et renforce le mouvement mondial en faveur de l’abolition
  2. Deux que moins de pays appliquent la peine de mort et moins de personnes soient exécutées
    L’acquittement, il y a un mois, d’Asia Bibi, pakistanaise condamnée à mort en 2010 pour blasphème au Pakistan est aussi un signe positif.
  3. Trois que les normes internationales minimales relatives à l’application de la peine de mort soient mieux respectées.
    L’Iran en réduisant l’application de la peine de mort pour les crimes liés à la drogue en janvier 2018 a permis de diminuer drastiquement le nombre de condamnés à mort.

La réalisation de cette vision se fera:

Premièrement Au travers d’un travail de plaidoyer politique effectué directement avec et auprès des États concernés les incitant à abolir la peine capitale. Oui, je parle de démarches diplomatiques comme de participation active à l’Examen périodique universel de ces Etats.

Deuxièmement par des initiatives internationales renforçant le droit à la vie et les droits de l’homme concernés, en collaboration avec nos partenaires. Travaillons ensemble ! Partageons notre expertise et nos idées ! Lançons des initiatives communes !

Mesdames, Messieurs,

"La peine de mort n'a pas sa place au XXIe siècle", déclarait l'ancien secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon.  

Je crois que bon nombre d’entre nous ici, partageons cette vision. C’est pourquoi, devant vous aujourd’hui, la Suisse lance un appel, unissons-nous, pour que la peine de mort soit abolie dans les 38 pays où elle est encore en place. Et encourageons ensemble ces Etats à franchir ce pas, dont je salue ceux présents ici. Nous ne le répèterons jamais assez : Toute personne a le droit à la vie et au respect de ce qui nous unit, notre dignité d’être humain !

Je vous souhaite, ainsi, beaucoup d’inspiration ces trois prochains jours à l’image de l’intensité des tableaux de Ndume Olatushani, et je vous assure que le gouvernement suisse continuera à poursuivre son engagement en faveur de l’abolition de la peine de mort.

Merci pour votre attention.