«Le potentiel de danger est toujours élevé dans la zone d’intervention»
À la suite des inondations soudaines dévastatrices qui ont frappé le Népal, l'Aide humanitaire de la Confédération envoie des experts à Katmandou afin d'apporter son soutien pour faire face aux conséquences de cette catastrophe naturelle et préparer la reconstruction. Eric Bardou est un des leurs. Membre du Corps suisse d'aide humanitaire (CSA), il évaluera notamment au Népal les risques liés à d'autres catastrophes naturelles, afin de renforcer la sécurité des travailleurs humanitaires et améliorer la situation des populations sur place.

Monsieur Bardou, vous vous rendez au Népal en tant qu’« expert en coordination des risques géologiques ». Que ferez-vous concrètement sur place?
L’objectif de ma mission est d’appuyer le gouvernement népalais et l’ONU dans la prise en considération des risques liés à l’environnement, surtout les dangers naturels immédiats. Ceci pour protéger les personnes impliquées dans la réponse humanitaire. Concrètement, il s’agira d’évaluer les risques géologiques comme les glissements de terrain, les mouvements de sédiments, ainsi que les risques d’inondations secondaires qui peuvent entraver la réponse humanitaire, voire mettre en danger la vie des populations déjà meurtries. Le potentiel de danger est toujours élevé dans la zone d’intervention initiale.

Dans quelle mesure la coordination en matière de risques géologiques est-elle importante pour faire face aux conséquences d'une crue soudaine?
L’impact environnemental d’une telle catastrophe peut engendrer une multitude de conséquences sur le court et le long terme. Pensez aux réseaux fluviaux qui recensent des équipements pour produire de l’hydroélectricité ou aux écosystèmes détruits. Autres exemples, les passages de chaque côté de la rivière permettant l’accès aux champs ou aux écoles. En plus des risques évoqués plus haut, il faut aussi tenir compte des risques sur les infrastructures essentielles comme les routes, les ponts et les zones d’habitation. Comme la crue a tout emporté sur son passage, il y a peut-être des produits toxiques ou dangereux qui se sont propagés sur de grandes surfaces. L’analyse de tous ces dangers permettra de prendre les bonnes décisions durant la phase d’urgence mais aussi lors de la reconstruction des zones dévastées. Les prédispositions himalayennes, caractérisées par une grande variété de dangers, rendent ce cas particulièrement complexe. D’où l’importance de cette coordination qui associe de nombreuses spécialisations.
Vous êtes membre du Corps suisse d'aide humanitaire (CSA). Avec qui allez-vous collaborer au Népal?
Je vais rejoindre une équipe de spécialistes internationaux mobilisée à la demande de l’Office de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA). Pour être encore plus précis, il s’agit d’une équipe des Nations Unies d’évaluation et de coordination en cas de catastrophe (UNDAC). Elle travaillera sous l’égide des autorités népalaises et de leur dispositif national de gestion des risques. La DDC a souvent mis à la disposition de l’ONU des membres du CSA spécialisé dans le domaine pour ce type de catastrophe.
Quelle expertise avez-vous acquise en Suisse – et dans quelle mesure est-il facile de la mettre à profit à l'étranger?
Je travaille depuis des années en Valais et suis spécialiste du diagnostic des dangers en montagne. Actuellement, je travaille principalement pour la Confédération dans la sécurité des barrages. Si on prend l’exemple du Rhône, ses affluents ont été à l’origine de grandes inondations par le passé. Il y a tout un savoir-faire sur l’approche intégrée en matière de protection contre les crues, du contrôle de la sécurité des grandes infrastructures comme les barrages, ainsi que des systèmes de suivi et d’alerte qui peuvent profiter aux activités de la DDC à l’étranger. Dans l’autre sens, les missions que j’ai pu effectuer à l’international avec le CSA m’ont permis d’évoluer dans des cas très différents : des chutes de pierres en plein Sahel aux abords du volcan de la Soufrière sur l’île de Saint-Vincent aux Caraïbes, mais aussi les dangers liés à la montagne dans le Pamir et l’Himalaya. Dans le domaine de la réduction des risques de catastrophe, il est très important de voir un maximum de cas différents.
Lorsqu'une telle intervention s'impose, vous n'avez pas beaucoup de temps pour vous préparer. En tant que membre du CSA, avez-vous donc toujours une valise prête chez vous? Votre employeur s'attend-t-il d’ailleurs à ce que vous soyez mobilisé au pied levé en raison d'une intervention d'urgence?
Oui, c’est le principe-même d’un corps de milice comme le CSA. Vous pouvez recevoir à tout moment un appel du siège de la DDC, puis préparer vos affaires, mettre en suspend vos obligations professionnelles et familiales, et enfin prendre l’avion pour un autre endroit du monde. J’ai la chance d’avoir une cheffe flexible qui a permis mon départ sans préavis.
Liens
Communiqué de presse: Népal: la Suisse renforce son soutien après la crue dévastatrice, 04.09.2026
Contact
Secrétariat général SG-DFAE
Palais fédéral Ouest
3003 Berne