Les accords de Locarno : stabilisation de la paix en Europe après la Première Guerre mondiale
En 1925, Locarno s’est retrouvée au cœur de la scène internationale : du 5 au 16 octobre, la ville a accueilli une conférence au cours de laquelle sept accords internationaux visant à stabiliser la paix en Europe après la Première Guerre mondiale ont été négociés. La Suisse, en tant qu’État hôte neutre, a joué un rôle central dans ce processus. Ses bons offices ont à l’époque fourni un terrain idéal pour permettre un rapprochement entre les anciens belligérants.

Après la Première Guerre mondiale, le continent européen était en ruine. L’Allemagne capitula en 1918 après quatre années de guerre. En 1919, le traité de Versailles mit officiellement fin au conflit, mais les relations de l’Allemagne avec ses voisins, en particulier la France et la Belgique à l’ouest, restaient marquées par de profonds ressentiments, des demandes de réparations et des pertes territoriales. Ces tensions risquaient de favoriser l’éclatement de nouveaux conflits. La réintégration de l’Allemagne au sein du système politique européen dans le respect du traité de Versailles exigeait des mesures supplémentaires.
Dans ce contexte, le choix de la ville de Locarno pour accueillir la conférence par les pays organisateurs (Allemagne, France et Royaume-Uni) ne dut rien au hasard. Cette ville italophone du sud de la Suisse n’avait été le théâtre d’aucune bataille et ne dépendait d’aucun centre de pouvoir impérial : elle était considérée comme neutre, charmante et hospitalière. Le diplomate Miles Lampson, membre de la délégation britannique de l’époque, la décrivit comme « plus italienne que suisse, nichée entre de hautes montagnes et le lac : tout simplement magnifique ». En ce lieu, la réconciliation semblait possible.
Une percée diplomatique
Sept États ont participé aux négociations : l’Allemagne, la France, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Italie, la Pologne et la Tchécoslovaquie. Les négociations, qui portaient sur sept accords différents, devaient promouvoir une diplomatie pragmatique et axée sur la recherche de solutions, animée par la volonté de rétablir la confiance, de promouvoir la stabilité et, à terme, de garantir la paix.
Au cœur des négociations figurait le Pacte rhénan : l’Allemagne acceptait sa frontière occidentale avec la France et la Belgique, renonçait à l’Alsace et s’engageait à régler ses différends par des moyens pacifiques. Le Royaume-Uni et l’Italie en constituaient les puissances garantes. En outre, plusieurs traités d’arbitrage ont été signés entre l’Allemagne et les pays voisins afin de permettre un règlement institutionnalisé des futurs conflits. Le message était clair : l’Europe ne devait plus être marquée par la confrontation, mais par la coopération. Le renoncement à la violence, sauf en cas de légitime défense, a été confirmé et les participants se sont engagés en faveur du multilatéralisme.
Une promesse de paix en Europe
Les accords furent ratifiés le 1er décembre 1925 à Londres, mais la véritable percée diplomatique eut lieu à Locarno, dans les salles de réunion du Palazzo del Pretorio et lors de rencontres informelles au Grand Hôtel. C’est en ces lieux que les délégations discutèrent, débattirent et finirent par s’entendre. Les sept accords de Locarno ont été signés le 16 octobre 1925 au Palazzo del Pretorio à Locarno par les représentants de l’Allemagne (Gustav Stresemann), de la Belgique (Émile Vandervelde), de la France (Aristide Briand), du Royaume-Uni (Austen Chamberlain), de l’Italie (Vittorio Scialoja, Benito Mussolini), de la Pologne (Aleksander Skrzyński) et de la Tchécoslovaquie (Edvard Beneš).

L’historien britannique A. J. P. Taylor déclarera ultérieurement : « La signature des accords de Locarno a mis fin à la Première Guerre mondiale. Leur rejet onze ans plus tard a marqué le début de la Seconde. » Les accords de Locarno ont en effet été considérés comme le début d’une décennie plus pacifique, qui a toutefois pris fin brutalement en 1936 avec la remilitarisation de la Rhénanie par l’Allemagne nazie. Malgré cet échec, le pacte de Locarno a représenté un espoir. En 1926, le prix Nobel de la paix a été décerné aux signataires des accords Gustav Stresemann, Aristide Briand et Austen Chamberlain, en tant que symboles d’une politique du dialogue.

Une politique d’État hôte pour promouvoir la paix
Le fait que Locarno ait pu devenir le théâtre de cette entente est indissociable du rôle neutre de la Suisse. En tant qu’État dénué d’ambitions impériales, cette dernière était prédestinée à réunir les acteurs internationaux autour d’une table. Le choix de Locarno fut donc aussi l’expression de la confiance accordée à la Suisse et à sa politique étrangère axée sur la médiation, le dialogue et la stabilité.
Cette tradition se perpétue aujourd’hui encore : la Suisse propose ses bons offices dans le cadre de plusieurs processus de médiation internationaux, de l’Amérique latine à l’Afrique en passant par l’Asie. Les événements de 1925 sont un exemple précoce de la manière dont la politique d’État hôte et l’impartialité peuvent permettre d’élaborer des solutions concrètes en faveur de la paix.
Des bons offices plus que jamais d’actualité
Les accords de Locarno étaient plus qu’un simple arrangement diplomatique : ils constituaient un engagement en faveur de l’entente commune. Même s’ils n’ont finalement pas permis d’établir une paix durable, ils ont envoyé un signal fort : l’hostilité peut être surmontée si on s’efforce de rétablir la confiance.
La Suisse avait alors profité de son rôle d’État hôte pour créer un espace de dialogue. En ces temps marqués par des tensions géopolitiques croissantes, l’importance d’une politique étrangère neutre axée sur la médiation est plus que jamais d’actualité et reste un élément central de la promotion par la Suisse de la paix dans le monde.
Les accords de Locarno ont 100 ans
À l’occasion du centenaire de la conférence, la ville de Locarno célèbre son héritage diplomatique par un programme varié. Des manifestations culturelles mettent en lumière non seulement les événements historiques, mais aussi leur pertinence actuelle.
Une attention particulière sera accordée à la réouverture en 2026 du Grand Hôtel de Locarno. Après d’importants travaux de rénovation, il redeviendra un lieu de rencontre, un « monument vivant du dialogue ». L’histoire ne sera ainsi pas seulement commémorée, mais aussi perpétuée.
Communication DFAE
3003 Berne