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InformationsPublié le 10 septembre 2026

«Nous souhaitons favoriser les échanges entre les responsables du développement durable des villes suisses»

Les villes jouent un rôle central dans la mise en œuvre des objectifs de développement durable. C'est ce que montrent les rapports locaux volontaires (Voluntary Local Reviews) des villes de Genève et de Berne, ainsi que des cantons de Bâle-Ville et d'Argovie. Par ailleurs, le président du gouvernement de Bâle-Ville, Conradin Cramer, et la maire de Genève, Christina Kitsos, faisaient partie de la délégation suisse qui a présenté, en juillet 2026, le rapport national de la Suisse sur l’Agenda 2030 à l’ONU à New York. Dans cette interview, ils expliquent les défis auxquels les villes sont confrontées – et soulignent l’importance des échanges entre les villes, tant au niveau national qu’international, pour la mise en œuvre des objectifs de l’Agenda 2030.

Un portrait de Conradin Cramer et un autre de Christina Kitsos sont accrochés l'un à côté de l'autre.

Monsieur Cramer, vous faisiez partie de la délégation suisse au Forum politique de haut niveau (High-Level Political Forum). Quels enseignements ou quelles expériences rapportez-vous de New York à Bâle?

Conradin Cramer: Cela m’a confirmé une chose: certains problèmes sont similaires malgré des situations de départ très différentes d’une ville à l’autre. On a donc beaucoup à apprendre les uns des autres. Et pourtant, il est également apparu clairement que les solutions à ces problèmes doivent être abordées de manière très individuelle. Les besoins de la population ou des villes peuvent varier dans les détails. Dans ce contexte, on a pu constater à quel point les compétences fédérales et communales sont importantes pour résoudre des problèmes spécifiques. En Suisse aussi, nous devons défendre le fédéralisme contre les tentatives de centralisation.

Quel est votre bilan, Madame Kitsos?

Christina Kitsos: Ce fut une très grande chance de pouvoir représenter Genève au forum. J’ai pu y exposer quelques actions mise en place par la Ville de Genève dans le cadre des objectifs du développement durable et rappeler l’importance que les Villes jouent dans la mise en place de ceux-ci.

À quelles thématiques de l’Agenda 2030 pour le développement durable les villes de Genève et de Bâle sont-elles particulièrement confrontées?

Cramer: Bâle et Genève sont confrontées à de nombreux défis communs. En tant que ville densément peuplée, intégrée dans un réseau international, mais aussi prospère, Bâle accorde une importance particulière aux ODD 11 (Villes et communautés durables), 12 (Modèles de consommation et de production durables) et 13 (Mesures de lutte contre le changement climatique): des thèmes tels que la protection du climat, l’adaptation au changement climatique, le logement abordable, la mobilité durable, la protection de la biodiversité, la gestion responsable des ressources, mais aussi la sécurité, ainsi que la promotion de la cohésion sociale et d’une qualité de vie élevée sont essentiels. Les différents ODD ne peuvent être dissociés les uns des autres: le logement abordable, par exemple, contribue non seulement à l’ODD 11, mais aussi à l’ODD 1 (Lutte contre la pauvreté). De même, la stratégie «Alimentation durable Bâle-Ville 2030» apporte une contribution à l’ODD 2, même si la lutte contre la faim n’est pas une priorité en Suisse.

L'Agenda 2030 met en évidence les liens étroits qui unissent les différents enjeux du développement durable et favorise une gouvernance politique intégrée permettant de tirer parti des synergies.
Conradin Cramer

L'évaluation locale volontaire (VLR) a montré que de nombreux projets menés à Bâle contribuent simultanément à plusieurs ODD. C'est précisément là que réside la valeur ajoutée de l'Agenda 2030: il met en évidence les liens étroits qui unissent les différents enjeux du développement durable et favorise une gouvernance politique intégrée permettant de tirer parti des synergies.

Quelle est la situation à Genève, Madame Kitsos?

Kitsos: Genève, comme de nombreuses villes dans le monde, fait face à un accroissement des inégalités et subit de plein fouet les effets du dérèglement climatique. Notre population peine toujours plus à boucler la fin de mois alors que les personnes les plus fortunées voient leur richesse augmenter. Ce sont aussi les personnes les plus pauvres qui subissent de manière plus important les effets du dérèglement climatique. Elles vivent très souvent dans des quartiers très dense et avec peu de verdure et se voient souvent obligées de loger dans des appartements mal isolés. En travaillant de manière renforcée sur l’égalité entre toutes et tous, nous contribueront grandement à la réalisation des objectifs de l’Agenda 2030.

En travaillant de manière renforcée sur l’égalité entre toutes et tous, nous contribueront grandement à la réalisation des objectifs de l’Agenda 2030.
Christina Kitsos

Ces défis sont-ils typiques de l’ensemble des villes ou sont-ils, à Genève et à Bâle, en grande partie propres à leur contexte local?

Kitsos: Je pense que ces défis se retrouvent malheureusement dans toutes les grandes villes suisses et mêmes du monde. Le capitalisme débridé que nous connaissons aujourd’hui induit une concentration de la richesse dans les mains d’une petite minorité pendant que le reste de la population voit sa situation s’empirer.

Est-ce que cela s'applique donc aussi à Bâle?

Cramer: De nombreux défis sont en effet propres aux villes et ne sont en aucun cas «le fruit d'une situation locale». Dans le même temps, chaque ville présente ses propres spécificités. C'est précisément pour cette raison que les échanges sont utiles: non pas pour reprendre des solutions telles quelles, mais pour apprendre les uns des autres et adapter les bonnes pratiques à sa propre situation.

La mise en œuvre de l’Agenda 2030 ne peut aboutir que si les acteurs collaborent au-delà des frontières institutionnelles, thématiques et territoriales.
Conradin Cramer

Quelle approche Genève et Bâle adoptent-elles pour relever ces défis? Les problématiques sont-elles traitées séparément ou existe-t-il des structures institutionnalisées dans lesquelles les solutions sont discutées et mises en œuvre de manière concertée?

Cramer: La mise en œuvre de l’Agenda 2030 ne peut aboutir que si les acteurs collaborent au-delà des frontières institutionnelles, thématiques et territoriales. À Bâle-Ville, nous appliquons cette approche de manière cohérente, tant dans tous les domaines de notre action publique que dans le cadre de nos coopérations transfrontalières. Notre objectif est de garantir la qualité de vie de tous.

Concrètement, comment vous y prenez-vous?

Le développement durable se met en œuvre grâce à des échanges avec les acteurs et actrices tant au sein de l’administration qu’à l’extérieur de celle-ci. C’est précisément pour cette raison que nous organisons la Journée des ODD le 11 septembre 2026 à Bâle. Nous créons un espace où des représentantes et représentants de l'administration, du monde scientifique, de l'économie et de la société civile, ainsi que de différentes villes, se réunissent pour échanger leurs expériences et apprendre les uns des autres. De telles plateformes sont importantes, car le développement durable ne peut réussir qu'ensemble.

Quelles mesures Genève a-t-elle prises?

Kitsos: L’ensemble des départements de la Ville de Genève travaille, dans ses actions, à la mise en œuvre de mesures directes en lien avec ces défis. Ceci tient grandement aux impulsions politiques du Conseil administratif (exécutif) de la Ville de Genève. Ainsi, un programme de législature de la Ville de Genève a été réalisé et de nombreuses mesures – voire la totalité – permettent de répondre aux défis que nous rencontrons. En outre, la Ville de Genève bénéficie de l’expertise du Service de l’Agenda 21 qui suit de manière rapprochée les objectifs de l’Agenda 2030 et qui travaille en collaboration avec les différents services de la ville de Genève.

Au niveau environnemental, on constate que la Ville de Genève a nettement réduit l’empreinte carbone de son administration et de ses bâtiments.
Christina Kitsos

Quels exemples illustrent les progrès déjà réalisés à Genève et à Bâle en vue des objectifs de l’Agenda 2030?

Kitsos: Au niveau environnemental, on constate que la Ville de Genève a nettement réduit l’empreinte carbone de son administration et de ses bâtiments, grâce aux rénovations, à la production d’énergie décarbonée ou encore à l’adoption d’une Charte de l’alimentation durable qui favorise les produits locaux, labelisés et moins carnés. En outre, la Ville de Genève a développé une politique volontariste en matière d’arborisation de son territoire. Néanmoins, l’empreinte carbone de la population dans son ensemble a peu diminué: des progrès doivent encore être réalisés et l’ensemble des actrices et acteurs publics et privés doivent agir.

Au niveau social, la Ville lutte de manière engagée contre les inégalités et les discriminations, que ce soit par ses nombreuses politiques favorisant la cohésion sociale, la défense des droits des enfants, l’accueil des familles et des personnes précarisées ou encore via des politiques telles que «Objectif zéro sexisme dans ma ville».

Quel est le bilan à Bâle, Monsieur Cramer?

Cramer: L'évaluation locale volontaire montre que Bâle a déjà réalisé des progrès dans la mise en œuvre de l'Agenda 2030 dans divers domaines: citons par exemple la stratégie «Housing First» – une approche innovante visant à lutter durablement contre le sans-abrisme – ou la «Stratégie pour une alimentation durable à Bâle-Ville 2030», par laquelle le canton s'engage en faveur d'un système alimentaire plus durable. Parallèlement, Bâle poursuit, avec sa «Stratégie de protection du climat Zéro net 2037», des objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et investit dans l’adaptation au changement climatique grâce à son plan d’action climatique urbain.

Ces exemples montrent que le développement durable est considéré à Bâle comme une mission transversale qui relie divers domaines politiques. En effet, le développement durable ne résulte pas de projets phares isolés menés dans des domaines spécifiques. Il est bien plus essentiel d'intégrer progressivement la durabilité dans le travail quotidien des responsables politiques et de l'administration. Pour Bâle, les ODD constituent donc moins une liste d'objectifs individuels qu'un cadre d'orientation commun permettant d'aborder la durabilité de manière globale.

La Ville de Genève fait partie de plusieurs réseaux qui traitent des objectifs de l’Agenda 2030.
Christina Kitsos

Madame Kitsos, Genève fait partie d’un réseau international de villes consacré à l’Agenda 2030. Quels sont les principaux thèmes abordés dans le cadre de ce réseau?

Kitsos: La Ville de Genève fait partie de plusieurs réseaux qui traitent des objectifs de l’Agenda 2030. Nous pouvons citer les grands réseaux internationaux de villes comme CGLU et AIMF ou des réseaux thématiques comme le Rainbow cities network, le Pacte de Milan sur l’alimentation, le réseau villes-santé ou encore Coord21à l’échelle régionale – que la Ville de Genève a présidé pendant 7 ans – qui réunit les villes et cantons romands. Ce sont au sein de ces réseaux que les objectifs de l’Agenda 2030 sont discutés.

Notons également que les réunions entre les villes suisses se sont intensifiées, notamment à travers des Flag days à Lugano en 2025 et celui qui se déroulera à Bâle en 2026. Ces moments sont précieux afin de pouvoir échanger sur les bonnes pratiques mise en place en Suisse.

Monsieur Cramer, vous avez déjà mentionné que Bâle accueillera le SDG Flag Day de cette année. Comment la ville entend-elle s’y présenter? Quelles thématiques seront mises en avant?

Cramer: En étroite collaboration avec l’Office fédéral du développement territorial (ARE), le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et l’Union des villes suisses (UVS), nous souhaitons encourager tout particulièrement les échanges entre les responsables du développement durable des villes suisses. Grâce à des visites sur le terrain consacrées aux «bonnes pratiques» à Bâle, tous les participants venus de toute la Suisse et des pays voisins auront également l’occasion de se plonger dans des projets concrets. Le symposium qui suivra mettra en outre l’accent sur les défis et les opportunités liés au développement urbain durable.

À l'occasion du «SDG Flag Day» à Bâle, nous souhaitons tout particulièrement favoriser les échanges entre les responsables du développement durable des villes suisses.
Conradin Cramer

Existe-t-il une compréhension commune entre les villes suisses quant à la mise en œuvre des objectifs de l’Agenda 2030? Si oui, quelles sont les priorités que les villes suisses se sont fixées à l’horizon 2030?

Cramer: L'Agenda 2030 sert de cadre de référence aux villes en matière de développement durable. Parallèlement, les villes définissent leurs propres axes prioritaires, en fonction de leurs enjeux locaux et de leurs priorités politiques. C'est précisément pour cette raison que les échanges entre les villes sont si précieux. Nous sommes souvent confrontés à des problématiques similaires et pouvons s'inspirer mutuellement de différentes approches pour y apporter des solutions.

Chaque ville a ses propres besoins et priorités. La vague de chaleur de juin montre que l’adaptation au changement climatique et la lutte contre celui-ci sont des priorités. L’événement parallèle organisé dans le cadre du HLPF sur l’ODD n° 11, consacré au logement, a clairement démontré que l’accès à un logement abordable et sûr, par exemple, est également un enjeu central pour les villes du monde entier.

Avec son programme législatif 2025-2028, le Conseil d'État présente les priorités de Bâle pour les années à venir. Le développement durable du canton s'articule autour de trois axes principaux: «innovation et compétitivité», «sécurité et cohésion» et «protection du climat et qualité de vie urbaine».

Madame Kitsos, quelle est, selon vous, la priorité?

Kitsos: Grâce au «Cercle Indicateurs» qui regroupe différentes villes, des définitions communes ont été développées. Chaque Ville élabore toutefois ses propres politiques en fonction de ses réalités et de ses priorités.

Les objectifs de l’Agenda 2030 donnent un cadre. Toutefois, il convient d’avancer plus rapidement. A ce titre, le modèle du «donut» développé par l’économiste Kate Raworth qui articule un socle social à garantir, tout en préservant les limites planétaires, est le modèle à suivre.

Liens

Communiqué de presse: «Agenda 2030: à New York, la Suisse s’engage en faveur d’une mise en œuvre des objectifs de développement durable axée sur l’efficacité», 13.07.2026

Agenda 2030 pour le développement durable (DFAE/DETEC)

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