Journée mondiale de l’aide humanitaire «Plus qu’un choix, il s’agit d’une vocation»

Article, 16.08.2019

Chaque année, le 19 août marque la journée mondiale de l’aide humanitaire. Cette date rend hommage au travail accompli par des femmes et des hommes qui viennent en aide aux personnes dans le besoin. Giuseppe Rullanti en fait partie: ce spécialiste du Corps suisse d’aide humanitaire a enchaîné pendant plus de vingt ans déjà les missions pour le compte de la DDC et d’autres organisations. Témoignage. 

Giuseppe Rullanti pose au milieu d’un groupe de villageois.
Giuseppe Rullanti (accroupi au milieu) lors d’une visite de projet dans la zone rurale de Tambo, au sud de la Colombie. © DDC

Giuseppe Rullanti fait partie de ces personnes qui ont choisi de servir la cause humanitaire. Ce natif de Genève a débuté sa carrière en 1997 avec une mission en Mauritanie pour le compte du Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR). Il fait plusieurs autres missions en Afrique pour le HCR puis rejoint le Corps suisse d’aide humanitaire (CSA). Son premier poste à la DDC le mène au Soudan. Ensuite, à l’instar d’autres membres du CSA, il sera mis à la disposition d’agences onusiennes et du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Ces organisations bénéficieront ainsi de son expertise dans le domaine des transferts monétaires dans une vingtaine de pays. Père d’un petit garçon, Giuseppe sillonne en ce moment l’Amérique latine pour le compte du HCR. Le récit d’un homme toujours décidé à remédier aux souffrances, dont il a été témoin durant chaque étape de sa longue carrière.

1. Giuseppe Rullanti, pourquoi avoir choisi une carrière dans l’humanitaire?

Plus qu’un choix, il s’agit d’une vocation dont la trajectoire prend son sens quand nous sommes en mesure de faire preuve de lucidité sur notre propre histoire de vie. Il est ainsi possible d’équilibrer nos relations avec les personnes en situation de vulnérabilité et d’appliquer au mieux le principe de solidarité. Selon moi, ce principe devrait être l’unique raison d’être de notre engagement. Ainsi, cette orientation professionnelle provient de mon histoire de vie, de mon intérêt concernant la richesse que constituent les différences et de mes convictions concernant la solidarité qui se sont construites et renforcées au fil du temps.

2. Tu es spécialiste des programmes de transfert monétaire. De quoi s’agit-il au juste?

C’est un moyen d’assister les populations en situation de détresse. Au lieu de fournir une assistance sous forme matérielle, nous remettons aux personnes un montant d’argent qui correspond à la valeur d’achat des produits locaux pour répondre à leurs besoins (alimentaires ou autres). Cette modalité d’assistance offre ainsi plus de choix et de dignité aux personnes vulnérables. De plus, injecter de l’argent dans une économie locale permet de la dynamiser donc de contribuer à un développement économique endogène.

3. Qu’est-ce qui a changé entre le début de ta carrière et aujourd’hui?

De manière générale, les pressions politiques, économiques et le surpoids bureaucratique aliènent le mandat de l’aide humanitaire. Le principe de solidarité est bien souvent biaisé. Il est donc nécessaire de remettre à l’ordre du jour le caractère proprement humanitaire de la profession. Un autre changement concerne l’approche basée sur les résultats qui voit le quantitatif prendre le dessus sur le qualitatif. Il faudrait à nouveau trouver un juste milieu, et s’octroyer le temps nécessaire pour construire une relation de confiance avec les populations avec (et non pour) lesquelles nous travaillons.

4. Qu’est-ce qui rend le métier humanitaire si particulier?

Sa mosaïque pluridisciplinaire. Au-delà des dimensions techniques propres à chaque secteur d’activités de l’aide humanitaire (alimentation, abris, éducation, moyens de subsistance, santé, etc.), les relations interculturelles offrent la possibilité d’un renouveau constant dans notre perception du monde. Celui-ci est bien souvent limité à un certain ethnocentrisme. Formulé autrement: chaque culture côtoyée contribue à ajouter une fenêtre dans la demeure de notre personnalité. C’est comme ça que je le vois.

5. Un évènement marquant au cours de ta carrière?

Difficile de se limiter à un seul évènement, tant il y a d’expériences à partager du point de vue humain. Je mentionnerai, de manière générale, l’émancipation des populations grâce à la réalisation de projets qui les encouragent à rompre avec le cycle infernal de la pauvreté. Le transfert de savoirs engendrant un transfert de pouvoir, lesdites populations sont mieux à même de prendre en main leur propre avenir. Être témoin de ces transformations est quelque chose de très spécial.