Favoriser la diversité de l’alimentation pour tenir l’objectif «Faim Zero»

Depuis 2015, le monde n'est plus sur la bonne voie pour atteindre l’objectif de développement durable 2, «faim zéro». C'est le constat relevé lors du Forum politique de haut niveau pour le développement durable (HLPF) débuté le 8 juillet à New York. Pour lutter contre la faim et malnutrition dans le monde, il ne suffit pas d’avoir de la nourriture en suffisance, mais aussi que cet apport soit qualitatif. La qualité des apports nutritifs n’étant actuellement pas mesurée dans le cadre du deuxième objectif de développement durable de l'Agenda 2030, la Suisse, en collaboration avec d’autres pays et des agences onusiennes, a proposé d’ajouter un nouvel indicateur de mesure.

Deux femmes voilées de rouge et de jaune se tiennent devant leur stand de fruits. Des rayons remplis de fruits et légumes les entourent.

Au marché de Magomeni, à Dar Es Salaam en Tanzanie, une variété d'aliments sont vendus. © DDC

Les régimes alimentaires sont depuis longtemps devenus l'un des plus grands facteurs de risque pour notre santé. La lutte contre toutes les formes de malnutrition est nécessaire. L'insécurité alimentaire peut affecter les régimes alimentaires de différentes manières, augmentant à la fois le risque de sous-nutrition et par exemple de retard de croissance chez les enfants mais aussi de surpoids. En outre, le nombre suffisant de calories accessibles à la consommation, calculé à l'aide des indicateurs existants, ne fournit pas d'indications sur l'accessibilité des aliments ni sur la consommation individuelle, ce qui ne permet pas de se faire une idée précise de la qualité nutritive des régimes alimentaires, de la distribution des aliments et de l'égalité d'accès à ceux-ci.

Les régimes alimentaires malsains sont la principale cause de problèmes de santé et de maladies dans le monde, et la diversité est un pilier fondamental d'un régime alimentaire sain. Les régimes alimentaires peu diversifiés augmentent le risque de carences en micronutriments, en particulier chez les enfants et les femmes, ce qui peut compromettre la santé et le développement physique et cognitif. Problème: actuellement, les indicateurs disponibles pour évaluer la faim et la malnutrition dans le monde, ne prennent en compte que la quantité de nourriture disponible, mais n’offre aucune mesure qualitative de la consommation alimentaire, comme par exemple la diversité. L'absence d'un indicateur sur la qualité alimentaire signifie que l'importance des régimes alimentaires sains pour la réalisation de l'Agenda 2030 est sous-estimée et que les actions fondées sur des données établies visant à améliorer la nutrition et la santé par le biais des régimes alimentaires sont sérieusement limitées.

Depuis plusieurs années, experts et gouvernements cherchent à intégrer un nouvel indicateur permettant de mesurer la qualité de la consommation alimentation dans le cadre du deuxième objectif de développement durable de l’Agenda 2030. C’est une mesure complexe qui nécessite encore de la recherche et de la validation. Pour l’heure, grâce à une méthode simple et bon marché soutenue par la Suisse, il est possible de mesurer un des aspects de la qualité alimentaire: la diversité. La demande d’intégrer sous l’ODD 2 un indicateur pour mesurer la diversité alimentaire minimale (minimum dietary diversity en anglais) a été formellement soumise par la Suisse le 29 avril, en étroite collaboration avec le Brésil, le Bangladesh et le Malawi soutenus techniquement par les agences multilatérales (FAO, OMS, UNICEF, FIDA et PAM). Cette proposition a été présentée à la communauté internationale à l’occasion de plusieurs événements à Rome et à New York en marge du Forum politique de haut niveau pour le développement durable (voir encadré) Cet indicateur, connu sous son acronyme anglais MDD (minimum dietary diversity), est déjà utilisé dans le cadre du suivi et de l'évaluation de programmes pour informer les politiques et les programmes dans de nombreux pays. L'objectif est dès lors de l’utiliser à plus large échelle.

De nombreuses femmes entourent un chaudron sur le feu en Tanzanie. Au centre, une cuisinière remue l'eau et les grains à cuire.
Des femmes cuisinent des variétés anciennes de grains durant une démonstration en Tanzanie. © DDC

Créer un pont entre le monde de la statistique et l’alimentation durable

En 2024-2025 l’Office fédéral de la statistique (OFS) préside la Commission de statistique de l’ONU et est membre du groupe d’experts et inter-agences sur les indicateurs des objectifs de développement durable. Dans cette position particulière, l’OFS a travaillé en étroite collaboration avec le bureau de la statistique de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture en faveur de l’introduction de ce nouvel indicateur de diversité dans le cadre de la révision périodique des indicateurs.  

Le choix d’indicateurs pour mesurer le progrès de développement durable est un processus complexe qui se fait à travers de nombreux échanges scientifiques et techniques mais aussi un dialogue politique. En ce qui concerne l’objectif de développement 2, les enjeux concernent l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), la Direction du développement et de la coopération (DDC), la mission de Rome auprès des agences de l’ONU qui sont toutes liées à l’alimentation (FAO, PAM, IFAD), ainsi que la mission permanente de la suisse auprès des Nations Unies à New York.

Rendez-vous de haut niveau pour accélérer le développement durable

Chaque année depuis 2012 un forum, Forum Politique de Haut Niveau pour le développement durable, réunit à New York tout le système des Nations Unies, les gouvernements, organisations non gouvernementales et le monde scientifique pour examiner les progrès réalisés sur les 17 objectifs de développement durable selon l’Agenda 2030.

Cette année la délégation suisse était menée par Markus Reubi, chef suppléant de la Division prospérité et durabilité au DFAE et délégué du Conseil fédéral pour l'Agenda 2030, en tant que secrétaire d'Etat. Daniel Dubas (Office fédéral de l'aménagement du territoire ARE), des représentants de la Direction du développement et de la coopération DDC, des Offices fédéraux des assurances sociales OFAS et de la statistique OFS ainsi que de la société civile (Caritas) ont complété la délégation.

La Suisse a notamment organisé un événement pour évoquer l’importance de régimes alimentaires diversifiés et de leur mesure, soutenu par le Costa Rica, le Malawi, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Mouvement Scaling Up Nutrition.

Introduire une nouvelle mesure du développement durable: un indicateur sur la diversité alimentaire

La Suisse s'est engagée au niveau politique pour permettre aux décideurs nationaux et mondiaux et aux parties prenantes de surveiller et de garantir la mise à disposition de régimes alimentaires sains pour leurs populations et pour la planète. En collaboration avec ses partenaires et avec le soutien de plusieurs pays, la Suisse a déployé des efforts considérables au cours des dix dernières années pour contribuer à cette facilitation. Elle a soutenu les efforts visant à rendre la collecte de données plus facile, comme le Global Diet Quality Project, plus rapide et par conséquent moins coûteuse. Ces données peuvent ainsi être appliquées à l'échelle mondiale, permettre des comparaisons entre les pays et les régions et contribuer à l'identification précoce de tendances.

L'introduction de la prévalence d'un seuil minimal de diversité alimentaire (en anglais «prevalence of minimum dietary diversity») dans le cadre des indicateurs du deuxième objectif de développement durable permettrait de combler une lacune importante en matière de mise à disposition de données. L'inclusion d'un nouvel indicateur peut ici contribuer à orienter les actions nécessaires non seulement pour atteindre l'objectif «Zéro Faim», mais aussi pour assurer la bonne nutrition, la santé et le développement des populations, sur lesquels reposent tous les objectifs de développement durable.

Le travail de dialogue politique et scientifique pour favoriser l'ajout d'un nouvel indicateur permet actuellement de renforcer les interventions sur le terrain et dans les pays. Cette démarche contribue à d’autres améliorations: encourager l’augmentation de l'offre et de la demande d'aliments sains, évolution des prix pour rendre les aliments sains plus abordables, réorientation des politiques, adaptation des infrastructures alimentaires, modification des comportements individuels et collectifs et, enfin, inflexion de la malnutrition sous toutes ses formes. Il s'agit en réalité de la dernière opportunité, en 2025, de rajouter cet indicateur d'ici au terme de l'Agenda 2030.

Des femmes voilées s’affairent autour d’un stand de grains divers sous une tente au Niger.
Des variétés anciennes de grains sont vendues sous une tente au Niger, dans un contexte climat et nutrition difficile. © DDC

Transformer dans le long terme la manière dont les gens s’approvisionnent et se nourrissent – l’exemple du projet Crops for Healthier Diets

Dans ce contexte, la DDC soutient depuis 2020 le projet CROPS4HD (pour Consumtion of Resilient Orphan Crop Products for Healthier Diets) mis en œuvre notamment par Swissaid et le FiBL (institut suisse de recherche de l’agriculture biologique) qui vise à influencer des facteurs tels que le comportement individuel, les marchés, l'organisation sociale et l'accès aux connaissances et à l'innovation. La démarche de CROPS4HD est de stimuler la demande pour les variétés de cultures non exploitées et ignorées. Dans le système alimentaire, les interventions du projet cherchent à accroître la sensibilisation et la compréhension des avantages pour la santé de certaines cultures et d'un régime alimentaire plus diversifié. Le projet favorise aussi des liens plus directs entre consommateurs et producteurs et donne la préférence aux chaînes de valeur courtes et agrobiodiverses.

Le projet se concentre sur trois éléments clés: la diversité génétique, l'agronomie et la production agroécologique, ainsi que l'organisation des paysans et des systèmes de semences. Il promeut la vulgarisation et l'échange horizontal de connaissances entre les agriculteurs et l'apprentissage commun dans les écoles paysannes. Ce faisant, les paysans pourront à terme alors produire des variétés de culture plus nutritives et plus résistantes au changement climatique pour leur propre ménage mais aussi pour les marchés locaux.

D'autre part, le projet est également actif sur les différents niveaux politiques, soit local, national, sous-régional et international. Les autorités politiques manquent souvent de connaissances sur la réalité des paysans et sur leurs obligations légales de protection des droits des paysans. Par conséquent, le projet recueille des bonnes pratiques pour mieux informer les décisions politiques. Ce projet contribue à rendre les paysans et leurs organisations acteurs de leur propre développement grâce à davantage de dialogues avec les décideurs politiques.

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