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Situation au Proche et au Moyen-Orient

Crise

Actualisé le 10 mars 2026

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InformationsPublié le 23 février 2026

Droits de l’homme: hier, aujourd’hui et demain

Les nouvelles lignes directrices sur les droits de l’homme 2026-2029 montrent que le respect des droits de l’homme dans le monde reste une préoccupation centrale de la politique extérieure suisse. Elles définissent des principes clairs, des champs d’action concrets et une panoplie d’instruments variés visant à renforcer l’efficacité et la cohérence de l’action de la Suisse en cette époque de bouleversements mondiaux. Entretien avec l’ambassadeur Tim Enderlin, chef de la division Paix et droits de l’homme.

Entretien avec l'ambassadeur Tim Enderlin.

Monsieur l’Ambassadeur, les nouvelles lignes directrices ont été publiées aujourd’hui. Elles font suite à celles de 2021-2024. Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Les droits de l’homme n’ont jamais été une réalité statique. Ils sont inscrits dans le droit international, mais leur mise en œuvre est toujours un défi et varie en fonction de chaque contexte.

Nous assistons actuellement à de profonds bouleversements géopolitiques, à une polarisation de la société et à des évolutions technologiques fulgurantes. Parallèlement, les libertés fondamentales sont attaquées et le principe d’universalité – le fait que les droits de l’homme doivent s’appliquer partout et à tous – est de plus en plus remis en question. De même, en bien des lieux, les valeurs démocratiques telles que l’État de droit et la participation citoyenne subissent des restrictions.

La diplomatie suisse des droits de l’homme tient compte de ces changements. Aujourd’hui, nous imbriquons encore plus étroitement les différents niveaux de notre travail. La diplomatie multilatérale, le dialogue bilatéral et la coopération dans le cadre de projets ciblés se complètent de manière systématique et bénéficient d’une coordination stratégique.

Concrètement, cela signifie que les positions que nous défendons au Conseil des droits de l’homme se retrouvent dans les discussions bilatérales. Les observations faites par le réseau extérieur sont prises en compte dans nos contributions multilatérales. Et les ambitions politiques sont étayées par des projets concrets qui permettent leur mise en œuvre.

Pour nous, la diplomatie des droits de l’homme n’est donc pas un positionnement purement normatif, mais un travail politique à plusieurs niveaux, dont l’ambition est d’avoir de l’impact. Nous ajustons donc nos approches et nos instruments de manière ciblée afin de rester efficaces, crédibles et en phase avec notre époque – dans un esprit de pragmatisme et d’adaptation à chaque situation.

Dans les lignes directrices, vous vous référez à l’indice des droits de l’homme du projet de recherche international V-Dem. Quelles conclusions en tirez-vous ?

L’indice des droits de l’homme indique dans quelle mesure les droits de l’homme sont respectés, protégés et mis en œuvre dans un pays ou une région. Il prend en compte, entre autres, des aspects tels que l’intégrité physique, les libertés privées et les droits politiques.

Les données montrent que la tendance mondiale en matière de droits de l’homme est à une légère régression. Parallèlement, de nombreux mécanismes internationaux des droits de l’homme souffrent de sous-financement chronique. Pour nous, cela signifie que nous devons utiliser nos ressources de manière encore plus ciblée et nous concentrer sur la sauvegarde et la consolidation de ce que nous avons déjà réalisé.

« Consolider les acquis » – qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Les lignes directrices 2026-2029 fixent des priorités. Elles définissent des principes contraignants, des champs d’action concrets et un éventail d’instruments variés qui visent à renforcer l’efficacité et la cohérence de l’action suisse en faveur des droits de l'homme à l’étranger. L’accent est mis sur la mise en œuvre rigoureuse des engagements existants, le renforcement des fondements normatifs et la protection ciblée des groupes particulièrement vulnérables.

Ce faisant, nous nous appuyons encore plus sur les corrélations qui existent entre les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit. Ces trois dimensions sont distinctes, mais étroitement liées. Leur conjonction contribue à rendre les sociétés stables et inclusives. Les droits de l’homme constituent le fondement de la vie démocratique, mais ce sont les institutions démocratiques qui garantissent l’État de droit.

Outre cette corrélation, les lignes directrices soulignent également le lien avec la diplomatie de la paix. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Sur la scène internationale, notre pays est un acteur reconnu non seulement dans le domaine des droits de l’homme, mais aussi dans celui de la promotion de la paix. La discrétion, la prévisibilité et l’impartialité sont la base de notre action. Celle-ci se fonde en outre sur la conviction qu’une cohabitation pacifique n’est possible à long terme que lorsque les droits de l’homme et les libertés fondamentales sont respectés. Les droits de l’homme ne sont pas seulement un facteur de stabilité et de prospérité, ils montrent aussi, dans de nombreuses crises et conflits, à quel point leur respect est indissociable d’une prévention efficace des conflits.

Ces missions – la promotion des droits de l’homme, de la paix et de la démocratie dans le monde – sont inscrites dans la Constitution fédérale (art. 54, al. 2, Cst.) et précisées dans la loi (loi fédérale sur des mesures de promotion civile de la paix et de renforcement des droits de l’homme). Elles constituent le socle sur lequel travaille la division Paix et droits de l’homme.

Dans l’avant-propos aux lignes directrices, le conseiller fédéral Cassis écrit que la protection de l’individu et de ses libertés fondamentales est toujours au premier plan. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Cette déclaration résume l’essence même des droits de l’homme : dans leur forme la plus originelle, ils protègent l’individu contre l’arbitraire de l’État. Il est d’ailleurs dit, dans le préambule de la Constitution fédérale, que « […] la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres […] ». Les lignes directrices, comme tous leurs principes, leurs priorités thématiques et leurs champs d’action, émanent en fin de compte de cette conviction. Notre travail de longue date en faveur de l’abolition de la peine de mort en est un bon exemple. La peine de mort va à l’encontre du droit à la vie qui est celui de tout être humain, elle est donc fondamentalement incompatible avec les droits de l’homme. Malheureusement, tous les États ne sont pas de cet avis.

Peine de mort

La Suisse œuvre en faveur de l’abolition mondiale de la peine de mort, à laquelle elle s’oppose en toutes circonstances. En 2024, elle a lancé le plan d’action sur l’abolition universelle de la peine de mort 2024-2027. Des mesures ciblées et des projets de sensibilisation soutenus par la Suisse ont conduit à l’abolition totale ou partielle de la peine de mort dans sept États. De plus, le nombre de pays soutenant le moratoire de l’ONU sur la peine de mort est passé de 123 à 130. Pour la période 2026-2029, la peine de mort reste une priorité thématique de la diplomatie des droits de l’homme menée par la Suisse.

À première vue, les priorités thématiques restent inchangées. Y a-t-il tout de même des nouveautés ?

Nous faisons preuve de constance tout en nous adaptant de manière ciblée aux évolutions actuelles : la diplomatie suisse des droits de l’homme reste fidèle à ses priorités thématiques, dans lesquelles elle peut s’enorgueillir d’une grande expertise et d’une grande crédibilité. Elle se concentre sur le respect du droit à la liberté d’expression, l’abolition universelle de la peine de mort, le respect inconditionnel de l’interdiction de la torture et des mauvais traitements, la protection des minorités nationales, ethniques, religieuses et linguistiques et des groupes vulnérables, ainsi que le respect des droits de l’homme dans l’économie. Nous développons ces axes de manière ciblée en étant encore plus attentifs aux effets concrets de notre travail. Pour la première fois, les droits des femmes et des filles, qui faisaient auparavant l’objet d’une stratégie séparée, sont intégrés aux lignes directrices.

En revanche, le thème transversal de la numérisation est une nouveauté. Dans les nouvelles lignes directrices, une attention particulière est accordée à la numérisation et aux développements technologiques liés. Ceux-ci ouvrent de nouvelles pistes pour renforcer et protéger les droits de l’homme, par exemple en améliorant l’accès à l’information et en offrant davantage de possibilités d’éducation politique et de participation. Mais la numérisation comporte aussi des dangers, notamment en ce qui concerne la surveillance, la désinformation, la discrimination et la vie privée.

Pour conclure : qu’est-ce qui vous motive personnellement à défendre les droits de l’homme ?

Dans mon travail, je rencontre régulièrement des personnes qui, malgré des circonstances difficiles, font preuve de courage, d’espoir et de sens des responsabilités. Cela m’impressionne beaucoup – et me rappelle pourquoi ce travail mérite d’être poursuivi.

Travailler avec nos collègues dans nos représentations à l’étranger est une autre source majeure de motivation pour moi. On y croise des personnels compétents et expérimentés, qui avec tact et créativité, trouvent des moyens d’engager le dialogue avec des partenaires aux valeurs très différentes des nôtres, et de bâtir une confiance réciproque. C’est souvent là que germent des progrès décisifs.

La Suisse a le privilège d’être écoutée et d’inspirer la confiance. Cela ne va pas de soi, surtout en cette période délicate sur le plan géopolitique. C’est peut-être la complexité de la situation actuelle qui donne toute sa raison d’être à notre mission. Elle nous motive à assumer ce rôle de manière responsable, même dans des conditions exigeantes, et à rester fidèles à nos principes.

Tirer parti de cette confiance, main dans la main avec d’autres acteurs, et dans le respect des différents contextes, pour agir de manière constructive : voilà ce qui m’anime. Jour après jour.

Documents

11 mars 2026

Lignes directrices sur les droits de l'homme 2026–2029

Des principes clairs, des champs d’action concrets et une panoplie d’instruments variés : les nouvelles lignes directrices sur les droits de l’homme 2026-2029 sont publiées.

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