Hanspeter Mock: «Le Brésil incarne à la fois d’importants défis, mais aussi des opportunités»
À l’occasion de la conférence de l’ONU sur le climat, la COP30, qui aura lieu cette année à Belém, au cœur de l’Amazonie, la Suisse, par sa représentation à Brasilia, esquisse, par étapes, ses engagements historiques et actuels en faveur de la durabilité et de la biodiversité mondiale. On en parle avec l’ambassadeur de Suisse au Brésil Hanspeter Mock.

La COP30 a lieu en novembre de cette année à Belém, porte d’entrée de l’Amazonie. Quels sont les enjeux du lieu choisi pour cette conférence?
La tenue de la COP30 à Belém, aux portes de l’Amazonie, revêt une dimension particulière: elle confère à la conférence une portée symbolique unique. Cette région incarne à la fois d’importants défis, mais aussi des opportunités. En se déroulant au cœur de ce territoire , cette COP met également en évidence le rôle essentiel que jouent les communautés locales et autochtones dans la protection du climat.
L’ambassade que vous dirigez à Brasilia s’est préparée en amont à la conférence de Belém et a mis en œuvre différents projets dans ce cadre. Pourquoi cette initiative est-elle si importante pour votre ambassade?
Ce sujet est particulièrement important pour notre ambassade car il s’inscrit dans une relation historique et stratégique entre la Suisse et le Brésil, fondée sur un «triangle vertueux» associant innovation, économie et durabilité. La COP30 représente une occasion unique de renforcer cette coopération autour de la protection de l’Amazonie, acteur central dans la lutte mondiale contre le changement climatique. À travers l’initiative «Road to Belém», nous réunissons des acteurs suisses et brésiliens autour de projets concrets dans les domaines de la science, de la culture, de l’économie et du développement durable, qui reflètent cette vision commune et donnent une visibilité accrue à l’engagement suisse pour la durabilité.
À travers l’initiative ʺRoad to Belémʺ, nous réunissons des acteurs suisses et brésiliens autour de projets concrets dans les domaines de la science, de la culture, de l’économie et du développement durable.
Pouvez-vous nous en dire plus sur le travail réalisé dans les coulisses avec l’ensemble du réseau suisse (whole-of-government approach) au Brésil pour la mise en place de ce programme?
La mise en place de ce programme repose sur une coordination étroite entre les acteurs suisses au Brésil et à Berne, dans une véritable dynamique interinstitutionnelle. Au Brésil, l’ambassade travaille en synergie avec Swissnex, le Swiss Business Hub Brazil et les consulats généraux, en combinant diplomatie, innovation, économie et durabilité. À Berne, l’Office fédéral de l’environnement, la Direction du développement et de la coopération, le Secrétariat d’État à l’économie et le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation, ainsi que Présence Suisse, soutiennent cette démarche. Cette approche intégrée permet de mobiliser efficacement les instruments diplomatiques, économiques et scientifiques de la Suisse pour faire converger ses priorités internationales avec des partenariats locaux concrets en Amazonie, tout en renforçant sa crédibilité et sa visibilité dans le domaine de la durabilité.
La Suisse cherche à renforcer les engagements climatiques globaux et à obtenir des résultats concrets à Belém.
Quels sont les objectifs que la Suisse cherche à atteindre avec cet engagement durant la COP?
À travers ces initiatives, la Suisse cherche à renforcer les engagements climatiques globaux et à obtenir des résultats concrets à Belém. Notre pays a présenté en janvier 2025 son objectif climatique renforcé et s’engagera pour que les grands émetteurs de gaz à effet de serre soumettent de nouveaux objectifs de réduction ambitieux et prennent des mesures efficaces pour garder l’objectif de 1,5 degré à portée de main. Nous placerons ainsi un accent sur la mise en œuvre des engagements de la COP28, comme le triplement des énergies renouvelables et le doublement de l’efficacité énergétique d’ici 2030, ainsi que sur la sortie progressive des énergies fossiles à l’horizon 2050. Le financement climatique et l’implication accrue du secteur privé figureront aussi au cœur de nos priorités.
Le naturaliste Emílio Göldi incarne pour ainsi dire le lien entre la Suisse et le Brésil pour ce qui est des efforts investis en faveur du développement durable et de la biodiversité mondiale tant par le passé qu’aujourd’hui. En quoi a-t-il marqué l’histoire et quelle importance a-t-il aujourd’hui?
Le naturaliste suisse Emílio Göldi a eu un impact important sur les connaissances au sujet de l’Amazonie au XIXᵉ siècle. Son héritage scientifique illustre la longue histoire de coopération entre la Suisse et le Brésil. Le musée éponyme Paraense Emílio Goeldi va accueillir notre pavillon, le Planetary Embassy (un projet/concept de Swissnex), matérialisant une «diplomatie de la planète» axée sur la durabilité et le dialogue entre science, culture et communautés locales. Ce symbole fort rappelle l’héritage scientifique partagé entre la Suisse et l’Amazonie, incarne la continuité d’une coopération de longue date et reflète l’engagement durable de la Suisse en Amazonie.
Avec le programme ʺRoad to Belémʺ, le but est de créer des liens robustes et durables entre la Suisse et l’Amazonie.
Quels sont les autres projets menés par l’ambassade à Brasilia dans le cadre des travaux préparatoires de la COP30 («Road to Belém»)?
Dans le cadre du programme « Road to Belém », plusieurs projets ont déjà été réalisés. Parmi eux : une exposition retraçant l’héritage des naturalistes suisses du XIXᵉ siècle en Amazonie, un prix d’innovation et de durabilité récompensant des solutions développées par des start-up brésiliennes et suisses, un programme de visites de terrain et d’échanges avec les communautés amazoniennes pour des chercheurs et entrepreneurs travaillant sur la bioéconomie ainsi qu’un forum bilatéral consacré aux infrastructures durables et à la transition énergétique. Ces actions ont pour but de créer des liens robustes et, surtout, durables entre la Suisse et l’Amazonie, en valorisant l’innovation scientifique et technologique tout en soutenant des initiatives sociales et culturelles dans la région. Dans le même esprit, plusieurs actions à petite échelle sont menées par l’ambassade à Belém et dans l’État du Pará autour de thématiques clés telles que l’inclusion sociale, la formation, la mobilité douce, l’agriculture durable et la santé.
La délégation suisse à la COP30 est conduite par l’Office fédéral de l’environnement. Comment vous êtes-vous concertés durant la phase «Road to Belém»?
En amont de la COP30, la coordination avec l’Office fédéral de l’environnement, qui dirige la délégation suisse, s’est appuyée sur une task force réunissant les acteurs présents au Brésil et les offices fédéraux à Berne. Cette approche intégrée a permis d’assurer la cohérence entre les négociations officielles et les nombreuses initiatives parallèles portées par le réseau suisse, renforçant ainsi la visibilité et l’impact de la Suisse à la COP30.
Communication DFAE
3003 Berne