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Communiqué de pressePublié le 28 avril 2026

Statistique de la surveillance des télécommunications : diminution de la dynamique de croissance du nombre de mesures ordonnées

Berne, 28.04.2026 — En 2025, les autorités suisses de poursuite pénale et le Service de renseignement de la Confédération (SRC) ont dans l’ensemble ordonné près de 40 % de mesures de surveillance de plus que l’année précédente. C’est principalement la hausse du nombre de recherches par champ d’antennes qui explique cette évolution. L’augmentation du nombre des autres mesures a, quant à elle, ralenti par rapport à 2024.

Après la forte croissance enregistrée l’année précédente, les chiffres de 2025 affichent un ralentissement. Le nombre de surveillances en temps réel a augmenté de 3 %, passant à 1878 (2024 : 1818). Le nombre de surveillances rétroactives s’élève à 6531, soit 382 de plus qu’en 2024 (6149, +6 %). Les recherches en cas d’urgence ont augmenté d’environ 5 % pour atteindre 1287 (2024 : 1223), tandis que le nombre de recherches de personnes condamnées a diminué de plus de moitié, passant de 35 en 2024 à 17 au terme de l’année écoulée. Le tableau est tout autre en ce qui concerne les recherches par champ d’antennes, qui font nettement grimper les chiffres : en 2025, 19 091 cellules ont fait l’objet d’une mesure de ce type, ce qui correspond à une augmentation d’environ 69 % par rapport à l’année précédente (2024 : 11 290). Le nombre de cas est passé de 44 (2024) à 54.

Augmentation des demandes de renseignement

Les renseignements ‒ tous types confondus ‒ s’inscrivent eux aussi à la hausse, avec une augmentation d’environ 32 % par rapport à 2024. Concrètement, le Service SCPT a livré 44 836 renseignements complexes (par ex. copies de pièces d’identité ou données contractuelles), un chiffre supérieur de près de 39 % à celui de l’année précédente, pour un total de 33 282 demandes reçues (19 357 l’année précédente). L’écart entre le nombre de renseignements livrés et le nombre de demandes reçues s’explique par le fait que plusieurs renseignements peuvent être fournis pour une même demande. En ce qui concerne les renseignements simples (inscriptions dans les annuaires téléphoniques, adresses IP), ce ne sont pas moins de 650 034 renseignements (2024 : 495 119) qui ont été livrés, pour 480 245 demandes (2024 : 385 630).

Surveillances du SRC

En 2025, le SRC a ordonné 334 surveillances et fait 39 130 demandes de renseignements (pour un total de 49 393 renseignements livrés). L’année précédente, il y avait eu pour le SRC 106 surveillances et 12 789 demandes de renseignements (15 241 renseignements livrés). Il convient de noter que la manière de décompter appliquée par le SRC diffère de celle du Service SCPT (voir l’infobox).

Hausse du nombre de mesures ordonnées pour élucider des infractions contre l’intégrité sexuelle, contre la vie et l’intégrité corporelle et contre la liberté

Sur l’ensemble des mesures de surveillance ordonnées (surveillances en temps réel et surveillances rétroactives), presque 45 % l’ont été pour élucider des infractions contre le patrimoine. Par rapport à l’année précédente, le nombre effectif des mesures ordonnées dans des enquêtes sur cette catégorie d’infraction a augmenté de 45 %. Pour les surveillances en lien avec des infractions contre la vie et l’intégrité corporelle (24 % env. de toutes les mesures), l’augmentation est de près de 75 %. 8 % des surveillances ont été ordonnées pour élucider des infractions graves à la loi sur les stupéfiants. La progression par rapport à 2024 est ici de 10 %. Environ 4 % des mesures visaient la recherche de personnes disparues et presque 3 % des crimes et des délits contre la liberté, soit une hausse de 50 % par rapport à 2024 dans ce dernier cas. Les surveillances en lien avec des crimes et délits contre la paix publique (1 %) ont en revanche diminué de 28 % par rapport à l’année précédente, tandis que les mesures portant sur des infractions contre l’intégrité sexuelle (2 %) ont augmenté de plus de 124 %. Les mesures restantes enfin se répartissent entre des recherches de personnes condamnées et divers autres types d’infractions.

IMSI-catcher et GovWare

En 2025, le nombre d'interventions avec des programmes informatiques spéciaux (GovWare) a diminué, passant de 12 l’année précédente à 4. La plupart de ces interventions concernaient des infractions contre le patrimoine. Quant au nombre d’interventions avec des dispositifs techniques spéciaux (IMSI-catchers), il s’élève à 151, contre 171 en 2024. Il s’agissait, dans la majorité des cas, de recherches urgentes pour retrouver des personnes disparues (62) ou de mesures visant à élucider des infractions graves à la loi sur les stupéfiants (45).

Infobox

Mesures de surveillance

Pour élucider des infractions graves, les autorités suisses de poursuite pénale peuvent, en application du code de procédure pénale (CPP ; RS 312.0), ordonner des mesures de surveillance de la correspondance par poste et télécommunication. Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) peut lui aussi ordonner de telles mesures, en application de la loi fédérale sur le renseignement (LRens ; RS 121).

Tout ordre de surveillance édicté par un ministère public doit être vérifié et approuvé par l’instance judiciaire compétente (tribunal des mesures de contrainte). Le SRC, lui, doit obtenir l’autorisation du Tribunal administratif fédéral et l’aval du chef du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS). Ce dernier, avant de donner son aval, consulte ses homologues du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et du Département fédéral de justice et police (DFJP).

Avant la mise en œuvre proprement dite, le Service SCPT effectue encore un dernier contrôle formel afin de s'assurer de la compétence de l'autorité qui a ordonné la mesure et de vérifier que la surveillance vise effectivement la poursuite d'une infraction figurant à l'art. 269 CPP ou, dans le cas du SRC, de vérifier que l’autorisation et l’aval nécessaires ont bien été obtenus pour une mesure de recherche soumise à autorisation selon les art. 26 et suivants de la LRens. Le Service SCPT donne ensuite instruction aux personnes obligées de collaborer (POC) de lui remettre les données en question, qu’il transmet aux autorités de poursuite pénale chargées de les exploiter ou au SRC. Le service n'a accès ni au contenu des données transmises ni aux détails des investigations.

Nouveau modèle de financement

Jusqu’au 31 décembre 2023, les autorités de poursuite pénale et le SRC acquittaient des émoluments pour les mesures de surveillance qu’elles ordonnaient et les POC étaient indemnisées pour les mesures qu’elles mettaient en œuvre. Les montants des émoluments et des indemnités étaient fixés jusqu’en 2023 dans l’ordonnance sur les émoluments et les indemnités en matière de surveillance de la correspondance par poste et télécommunication (OEI-SCPT ; RS 780.115.1). Ce système fondé sur l’OEI-SCPT a été remplacé le 1er janvier 2024 par un nouveau modèle introduit par l’ordonnance sur le financement de la surveillance de la correspondance par poste et (OF-SCPT ; RS 780.115.1). Depuis 2024, les cantons contribuent par des forfaits annuels individuels aux coûts de la surveillance de la correspondance par poste et télécommunication. Quant aux POC, elles continuent d’être indemnisées pour leur travail, selon les modalités définies dans l’OF-SCPT.

Remarques sur la manière de compter les mesures

En principe, la statistique prend en compte toutes les mesures qui débouchent sur un mandat de surveillance donné à une POC. Les mandats donnés à une POC pour des raisons techniques, par exemple parce que celle-ci a besoin de deux mandats du Service SCPT pour exécuter une mesure, constituent une exception et ne sont pas inclus dans la statistique. En outre, par souci de transparence, les recherches par champ d’antennes ne sont pas comptabilisées dans les surveillances rétroactives, mais sont indiquées séparément dans la statistique.

Il convient de noter qu'une infraction, ou une mesure de recherche soumise à autorisation, peuvent donner lieu à plusieurs mesures de surveillance, par exemple parce qu'il faut surveiller le raccordement fixe et plusieurs raccordements mobiles d'un suspect. De plus, un même numéro de téléphone mobile fait fréquemment l’objet de mesures de surveillance auprès de différentes POC, afin de couvrir tous les cas d’itinérance. Le nombre de personnes concernées par une mesure de surveillance est donc considérablement moins élevé que le nombre de mesures.

Différence entre les méthodes de comptage du SRC et du Service SCPT

Le SRC n’utilisant pas la même méthode de comptage que le Service SCPT, les chiffres ne peuvent pas être comparés directement. Le Service SCPT note le nombre de mandats de surveillance par POC mandatée. Si par exemple un même numéro de téléphonie mobile est donné à surveiller à trois POC, le Service SCPT note trois mandats de surveillance dans sa statistique, alors que le SRC ne relève qu'une seule mesure. Une mesure de recherche soumise à autorisation selon les art. 26 et suivants de la LRens peut cependant entraîner plusieurs mesures de surveillance, par exemple lorsque la surveillance du même raccordement mobile est ordonnée auprès de plusieurs POC.

Remarques sur la nouvelle manière de compter les recherches par champ d’antennes

Jusqu’à la fin de 2023, il fallait compter une recherche par champ d’antennes pour chaque mandat transmis à une POC pour une cellule par période de deux heures. Selon les dispositions de l’OF-SCPT, en vigueur depuis le 1er janvier 2024, c’est le nombre de mandats transmis aux différentes POC par période de deux heures qui sera à l’avenir déterminant, indépendamment du nombre de cellules concernées.

Les résultats publiés se fondent sur les données saisies dans le système concernant les mesures ordonnées par les autorités pénales. Il y a lieu de signaler ici aussi que les cantons ne comptabilisent pas tous les mesures de la même manière.

Glossaire

Surveillance en temps réel

Une surveillance en temps réel consiste en la transmission simultanée, légèrement différée ou périodique des données afférentes à la correspondance par poste ou télécommunication (par ex. écoute de conversations téléphoniques ou consultation de courriels).

Surveillance rétroactive

Une surveillance rétroactive permet de savoir qui a été en communication avec qui, quand, combien de temps et de quel endroit au cours des six derniers mois au plus.

Recherche par champ d’antennes

Une recherche par champ d’antennes a pour objet la surveillance rétroactive, à un emplacement donné, de toutes les communications, tentatives d’établissement de communications et de tous les accès au réseau effectués via des cellules de téléphonie mobile déterminées pendant une période déterminée.

Recherche de personnes condamnées

La recherche de personnes condamnées permet aux autorités de poursuite pénale de retrouver la trace de personnes condamnées à une peine privative de liberté ou qui font l’objet d’une mesure entraînant une privation de liberté, sur la base d’un jugement définitif et exécutoire.

Recherche en cas d’urgence

Des mesures de surveillance des télécommunications peuvent être ordonnées en dehors d’une procédure pénale pour retrouver une personne disparue, par exemple un randonneur accidenté ou un enfant perdu.

Renseignements simples

Les renseignements simples peuvent être des informations de base concernant les raccordements d’usagers (inscriptions dans les annuaires téléphoniques). Ils peuvent aussi permettre aux autorités de savoir combien de numéros de téléphone sont enregistrés au nom d’une personne.

Renseignements complexes

Les renseignements complexes (anciennement renseignements techniques et administratifs) permettent d’obtenir des informations plus détaillées concernant des raccordements de télécommunication, telles que des copies de contrats ou de pièces d’identité.