Aller au contenu principal

InformationsPublié le 11 février 2026

Pourquoi et comment la Suisse met en œuvre la participation des femmes aux processus de paix

Comment maintenir une participation importante des femmes dans les processus de paix alors que leurs droits sont de plus en plus menacés ? Cette question était au cœur de la deuxième réunion en présence du réseau Femmes suisses dans des processus de paix (Swiss Women in Peace Processes, SWiPP), qui vient de se tenir à Genève. Les participantes ont discuté de la manière dont l’expertise, les réseaux et le courage institutionnel peuvent concourir à des résultats plus durables en matière de paix.

Photo de groupe du SWiPP.

Entretien avec Sibylle Obrist, cheffe adjointe de la division Paix et droits de l’homme (DPDH) du DFAE

Soutenu par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), en collaboration avec le Center for Security Studies de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) et Swisspeace, le réseau SWiPP rassemble des acteurs issus des autorités, du monde universitaire et de la société civile dans le but de renforcer l’expertise et la coopération de la Suisse en matière de participation des femmes dans les processus de paix.

Portrait de Sibylle Obrist.

Vous venez de prononcer le discours de clôture de la deuxième réunion en présence du réseau SWiPP consacrée au rôle des femmes, en particulier des femmes suisses, dans les processus de paix. Qu’est-ce qui vous a le plus marquée au cours de cette journée de discussions?

Sibylle Obrist: Ce qui m’a le plus impressionnée, c’est la lucidité des participantes et des intervenantes quant à la période que nous traversons. L’époque est au recul très net et tangible des droits des femmes, y compris dans les contextes où des processus de paix sont en cours. Parallèlement, j’ai aussi ressenti chez elles une grande détermination. Il est ressorti des discussions que, même dans un environnement politique contraint, il y a la place pour mener un engagement stratégique, faire preuve de courage institutionnel et effectuer des choix assumés en vue de garantir une participation importante des femmes dans les processus de paix. Et cette place, il faut l’occuper non pas pour répondre à des impératifs idéologiques, mais parce que l’expérience montre que les processus inclusifs, dans lesquels les femmes s’impliquent, produisent des résultats plus durables.

L’événement a rassemblé un large éventail de participantes. En quoi cette diversité est-elle importante dans le cadre de l’engagement de la Suisse en faveur des femmes, de la paix et de la sécurité?

Ce qui fait la force de la Suisse, ce sont son écosystème et son expertise. Réunir des acteurs issus des autorités, de la société civile, du monde universitaire et du terrain permet d’aborder les défis sous plusieurs angles, mais cela ne suffit pas. Ce qui compte, c’est la manière dont ces approches sont articulées et mises en pratique. Le réseau SWiPP joue un rôle essentiel à cet égard : il encourage les échanges, crée un climat de confiance et nous aide à coordonner notre action entre institutions.

Vous avez insisté sur le fait qu’une participation importante des femmes est une question plus politique que technique. Qu’entendez-vous concrètement?

Il convient d’admettre que l’inclusion ne se fait pas d’elle-même. Elle suppose d’opérer des choix dans la façon de concevoir les processus de paix et de prendre des décisions éclairées quant aux personnes à consulter et aux savoirs à valoriser. Une participation importante est une question d’influence, et non de présence. Ce principe vaut aussi bien pour les tables de négociation officielles que pour les discussions au niveau local, où la paix est souvent construite et maintenue. Dans le monde actuel, la paix tend à être une affaire d’hommes que l’on règle dans une logique transactionnelle. D’où la nécessité de proposer d’autres voies.

Quel sera le rôle du réseau SWiPP à l’avenir?

Mon vœu, c’est que le réseau SWiPP continue de réfléchir aux défis actuels et qu’il concoure activement à l’élaboration de solutions. Qu’il dialogue ouvertement avec les institutions, y compris le DFAE, qu’il soit porteur d’idées et ne se repose pas sur ses acquis. Pour la DPDH, c’est un partenaire qui nous aide à mieux penser, à agir de manière plus stratégique et à rester ambitieux dans la promotion de la participation des femmes dans les processus de paix.

Quelle est la valeur ajoutée des réseaux ? Ne risque-t-on pas de discuter entre personnes déjà convaincues?

Les réseaux sont porteurs d’une valeur ajoutée pour la diplomatie et la consolidation de la paix : ils créent des espaces de confiance où des acteurs issus d’horizons différents peuvent se rencontrer, échanger et collaborer. Ce sont en quelque sorte des centres d’expertise : ils rassemblent des acteurs de terrain, des décideurs politiques et des groupes d’intérêt qui peuvent s’appuyer sur leurs expériences respectives pour trouver des solutions innovantes à des défis politiques complexes.

Les réseaux jouent un rôle particulièrement important pour les femmes qui œuvrent en faveur de la paix : ils leur permettent d’accéder aux centres de pouvoir et de prendre part aux processus décisionnels dont elles ont trop souvent été exclues. Ce sont aussi des filets de sécurité : des espaces de rencontre et de solidarité vers lesquels les femmes peuvent se tourner en cas de difficulté ou de risque. Par ailleurs, les réseaux favorisent l’apprentissage collectif et le partage du leadership entre générations, permettant ainsi aux jeunes femmes engagées dans la consolidation de la paix de poursuivre et de développer les avancées accomplies.

Dans les processus de paix, le rôle des réseaux de femmes dans la mise en œuvre effective des accords de paix est encore sous-estimé. Le travail collectif de plaidoyer mené par ces réseaux permet de maintenir la dynamique, d’exiger des institutions qu’elles rendent des comptes et de maintenir l’engagement des communautés dans la consolidation d’une paix durable. En résumé, en plus de concentrer des expertises et de favoriser la mise en relation, les réseaux sont aussi des outils diplomatiques flexibles qui renforcent l’inclusion, la résilience et l’innovation dans le domaine de la paix et de la sécurité.

Quel message souhaitez-vous que les participantes retiennent de cet événement?

J’espère que nos collègues et nos partenaires sont reparties avec un sens renouvelé des responsabilités. Cette question n’a rien de secondaire ; elle est essentielle pour établir une paix durable et constitue une priorité pour la Suisse. Les échanges d’aujourd’hui ont montré que la Suisse dispose de l’expertise et des partenaires nécessaires pour faire bouger les choses. Le défi consiste à présent à maintenir cet élan et à le transposer en actions concrètes.

Contact

Communication DFAE
Secrétariat général SG-DFAE
Palais fédéral Ouest
3003 Berne