La coopération de la Suisse au Sénégal

Résumé

Le Sénégal est un pays à programme restreint de la Direction du Développement et de la Coopération suisse (DDC). La DDC a décidé de se désengager du Sénégal au plus tard en 2010. Pourraient être maintenues des actions qui s’inscriraient dans un cadre de développement et d’intégration régionale. Au Sénégal, l’engagement de la Suisse s’est concentré prioritairement sur le développement rural, dès la fin des années 70, et les technologies de l’information et de la communication. L’aide au développement officielle suisse au Sénégal représente entre 4 et 5 millions de francs suisses par année.

Institutions

La Direction du développement et de la coopération (DDC), qui fait partie du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), est l’organe fédéral en charge de la coopération internationale. La DDC s'acquitte de sa tâche avec le concours de plus de 500 collaborateurs et collaboratrices travaillant en Suisse et à l'étranger, et dispose pour ce faire d'un budget annuel de 1,3 milliard de francs suisses (2006). Outre la réalisation de ses propres projets, la DDC soutient des programmes lancés par des organisations multilatérales et cofinance des projets d'oeuvres d'entraide suisses et internationales. Les dossiers de la coopération suisse au Sénégal sont suivis pour partie par l’Ambassade de Suisse à Dakar et pour partie par le Bureau d’Appui à la coopération sénégalo-suisse pour le développement rural.

Domaines d’activité

A. Développement rural

Formation rurale

La coopération porte avant tout sur le développement rural (agriculture, élevage, pêche), avec deux lignes d’actions complémentaires (formation en milieu rural et entreprise familiale rurale). Pour ces programmes de coopération, la DDC est représentée à Dakar par son Bureau d’Appui à la coopération sénégalo-suisse pour le développement du monde rural.
Pendant près de 20 ans, dès la fin des années 70, la Suisse a soutenu des établissements d’enseignement technique et supérieur. Suite au désengagement de l’Etat sénégalais dans les années 80, la Suisse a réorienté son appui vers l’élaboration par les acteurs sénégalais d’un cadre stratégique pour la Formation Agricole et Rurale (FAR). Dès 1999, le programme suisse a appuyé la mise en œuvre de cette stratégie nationale et en devient le « champion ». Le programme promeut des démarches alternatives en matière d’éducation et de formation menées par des organisations professionnelles publiques et privées. Ces démarches visent l’articulation de l’offre et de la demande, la mise en commun et la coordination des compétences et des ressources, avec la participation des bénéficiaires. Cela est d’autant plus important que l’Etat n’est plus à même d’assurer à lui seul les services dont les ruraux ont besoin.
Le programme est intervenu à différents niveaux: appui à des initiatives de formation innovantes à la base; soutien au développement de pôles régionaux de service; encouragement à des formations supérieures en adéquation avec les besoins réels du terrain; dialogue politique pour une reconnaissance large de cette stratégie nationale. Se déroulant dans l’ensemble du pays, le programme a gagné la confiance des organisations locales.
Une évaluation faite fin 2004 a montré que le programme a bien fait connaître la FAR auprès de l’ensemble des acteurs. Le gouvernement du Sénégal a créé un Bureau de la Formation Professionnelle Agricole, en relation étroite avec le programme et la Banque Mondiale s’en est inspirée pour son Programme des Services Agricoles et des Organisations Paysannes.
Il s’agit maintenant d’approfondir l’ancrage du programme dans des institutions locales et de le relier plus à des programmes convergents d’autres bailleurs de fonds. Il s’agit également d’en tirer les enseignements d’une valeur plus générale sur le plan régional. La formation rurale est en effet un enjeu majeur, vu le grand nombre de jeunes ruraux à la recherche d’un devenir.

Appui à la Fédération des Organisations paysannes du Sénégal, la FONGS

La DDC est partenaire de longue date de la Fédération d’organisations paysannes, la FONGS, qui a significativement contribué à la fin des années 90 à la création du CNCR (Conseil National de Concertation et Coopération des Ruraux) qui joue un rôle important de plaidoyer politique au Sénégal et dans la région Afrique occidentale. La FONGS renforce aussi le développement économique et technique des associations et des ruraux, en se centrant sur l’ensemble de la famille rurale, le lieu réel de la production. L’enjeu du phasing out est de tirer les enseignements de ce partenariat et de maintenir un dialogue sur des enjeux qui concernent toute la région, en particulier l’agriculture familiale.

Programme pionnier pour une meilleure gestion des ressources halieutiques (PNI)

Dès 2002, la Suisse a soutenu l’interprofession des artisans pêcheurs, la FENAGIE, qui souhaitait, avec les services officiels, lancer un projet-pilote d’immatriculation informatisée des pirogues afin de mieux réguler la pêche artisanale. Celle-ci fournit de nombreux emplois, représente la principale source de protéines pour la population mais on a assisté ces dernières années à une diminution drastique de la ressource halieutique. L’évaluation positive du projet a incité l’Etat à l’étendre à tout le pays dans le cadre du PNI (Programme national d’immatriculation) avec l’appui de l’UE, de la Banque Mondiale, de l’Espagne et de la Suisse, dont l’engagement se terminera en 2008, les objectifs étant atteints.

L’appui au secteur de l’élevage

Sur le plan régional, la Suisse soutient l’Association pour la Promotion de l’Elevage au Sahel et en Savane sèche (APESS) dont le pôle ouest se situe à Tambacounda, à l’Est du Sénégal. L’élevage est une ressource fondamentale pour l’Afrique de l’Ouest mais c’est un secteur encore mal pris en compte par les politiques locales et les bailleurs de fond. Ce partenariat étant régional, il n’est pas remis en question.

B. Technologies de l’information et de la communication (TIC)

Centres multimédia communautaires

A l’occasion du sommet mondial de l’information à Genève en 2003, la DDC, l’UNESCO et les chefs d’état du Sénégal, du Mali et du Mozambique ont lancé le projet des centres multimédia communautaires (CMC, avec accès à l’Internet) dans des régions marginalisées de ces pays. Ces centres visent à répondre aux besoins des populations locales en termes d’accès et d’échange d’informations dans leur propre langue. Ils comprennent un émetteur radio, des ordinateurs pour la navigation sur Internet et offrent également des services commerciaux tels que le téléphone, le fax et des services de messagerie électronique. La première phase a vu la création de 24 CMC au Sénégal, dont 20 avec des fonds suisses. La seconde phase, dont la Suisse est encore un bailleur majeur, est en réalisation. Un des enjeux est d’assurer une meilleure production et diffusion de contenus.

COSELEARN

Le projet COSELEARN, également financé par la DDC, a également vu le jour suite au sommet mondial de l’information à Genève. Ce projet vise la mise en place progressive de Campus Virtuels Régionaux réunissant plusieurs pays d'Afrique francophone, la formation au sein d'une quarantaine d'universités, dont l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, de près de 170 experts ayant pour tâches de former à leur tour des spécialistes et de contribuer à la création de contenus, la formation de près de 500 spécialistes d'appui pédagogique et technique et la constitution d'un important catalogue de plusieurs centaines de modules de cours et la réalisation de plusieurs projets pilotes impliquant plusieurs milliers d'étudiants. Cet ambitieux projet est en phase de réalisation avec le concours de groupes nationaux de pilotage.

Autres appuis et partenariats

ENDA

Depuis plusieurs décennies une contribution importante est accordée à l’organisation internationale Enda (Environnement- développement autocentré), dont le siège est à Dakar. La Suisse en est un des bailleurs majeurs. Il s’agit également d’un partenariat régional non remis en cause par la cessation des activités bilatérales au Sénégal. La DDC a voulu soutenir la capacité de cette organisation à associer les actions conduites sur le terrain avec les populations urbaines et rurales à des actions qui cherchent à influer sur les politiques et les stratégies. Dans de nombreux secteurs et domaines, Enda a été capable de valoriser des initiatives populaires en montrant que les populations locales ont une vraie force d’innovation et de proposition.

Aide financière

En matière d'aide financière, le Secrétariat d'Etat à l'économie (seco) a signé en juillet 1994 un accord de désendettement bilatéral, annulant environ CHF 23 mio et créant un fonds de contrepartie (FCSS) équivalant à 20% de la dette nominale. Les ressources de ce fonds (plus de CHF 3 mio) sont destinées à renforcer les systèmes d'épargne et de crédit (micro crédit), ainsi qu'à promouvoir le développement des petites et moyennes entreprises. Après 10 ans d'exercice, le seco s’est désengagé en transformant le FCSS en une fondation d'utilité publique de droit sénégalais, SEN’FINANCES, constituée le 20.7.2006. Le décret présidentiel correspondant a été signé le 7 septembre 2007. Sen’finances a démarré ses activités.

Bourses d’études

La Suisse accorde chaque année un certain nombre de bourses d’étude à des étudiants de niveau postgrade. Trois ou quatre bourses sont attribuées à des étudiants sénégalais sur la base du mérite individuel du candidat et sur sa motivation à utiliser son savoir nouvellement acquis pour le développement de son pays.

«Petits projets» Ambassade

L’Ambassade dispose d’un modeste crédit annuel pour soutenir des projets d’organisations locales dans les domaines du développement et des droits de l’homme.

Coopération décentralisée

La Suisse est un pays fortement décentralisé. En conséquence, certains cantons, villes ou communes mènent au Sénégal de nombreux projets décentralisés de coopération. Par ailleurs, de nombreuses œuvres d’entraide et ONG suisses sont actives au Sénégal. L’Ambassade, si elle ne dispose que d’une vue partielle de ces actions, s’efforce de les accompagner de son soutien et de ses conseils, dans la mesure de ses possibilités.
Elle s’engage notamment en faveur de la mise en œuvre de l’accord de partenariat entre la Faculté des lettres de l’Université de Lausanne et celle de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.