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SpeechPublished on 3 June 2025

Opening Ceremony – Global Platform for Disaster Risk Reduction (fr)

Geneva, 03.06.2025 — Address by Federal Councillor Ignazio Cassis, Head of the Federal Department of Foreign Affairs (FDFA) – Check against delivery

Madame la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies,

Monsieur le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe,

Mesdames et Messieurs les représentants des gouvernements nationaux et locaux, des agences des Nations Unies et des organisations internationales,

Excellences,

Mesdames et Messieurs

La semaine dernière, en Suisse, un village de la vallée du Lötschental a littéralement disparu. Une avalanche de roche, de glace et de boue a englouti le village de Blatten — effaçant en quelques secondes ce que des siècles avaient bâti. Grâce à un système d’alerte précoce, les 300 habitants avaient été évacués à temps. Une seule personne aujourd'hui manque à l’appel — ce qui, face à la brutalité de l’événement, relève presque du miracle.

La montagne semblait immobile, éternelle. Elle ne l’était pas. Ce jour-là nous avons vu notre fragilité face à elle. Cette prise de conscience, nous la partageons dans cette salle. Car le risque, aujourd’hui, est universel. Ce sont des feux là où brûlaient des forêts humides, des inondations dans des déserts, des ouragans où régnait jadis le calme. L’exception semble devenir la norme.

Antoine de Saint-Exupéry écrivait : « Ce qui donne un sens à la vie, donne un sens à la mort. » Et ce qui donne un sens à l’action publique, c’est précisément cela : éviter l’inacceptable, et préparer nos sociétés à l’imprévisible.

Sous nos yeux, des tragédies humaines se déroulent : à Gaza, au Soudan, en Ukraine, au Myanmar, en Haïti, au Yémen, et ailleurs encore. Elles n’étaient pas impréviisibles, mais nos sociétés n’y sont toujours pas préparées. Ces tragédies ne sont pas causées par la nature, mais par l’action directe de l’homme.

L’être humain et la nature : deux merveilles de la création, mais dont le revers peut nous conduire — ensemble — au bord de l’enfer.

Aujourd’hui, nous nous penchons sur les catastrophes dites « naturelles » dont les risques semblent peut-être plus maîtrisables. Et portant là aussi, l’empreinte humaine est bien présente — non pas dans la brutalité de l’agression immédiate, mais dans une forme de négligence chronique.

Mesdames et Messieurs

La montagne semblait immobile. Elle ne l’était pas.

Ce que nous avons vu ce jour-là, c’est aussi le miroir de notre propre fragilité.
Et dans son effondrement, c’est une part de notre illusion de stabilité qui s’est brisée.

L’événement nous force à nous regarder tels que nous sommes — à reconnaître la condition humaine dans toute sa précarité. La montagne devient alors plus qu’un paysage : elle est le symbole de ce que nous refusons trop souvent de voir.

Notre rencontre ici interroge ce que l’humain peut faire pour prévenir l’inacceptable. Et corriger ce qui, sans intervention, deviendrait inévitable.

Excellences

Mesdames et Messieurs,

Depuis notre dernière rencontre, peu de pays ont été épargnés par les catastrophes. J’en ai moi-même fait l’expérience l’an dernier, dans ma région natale au sud des Alpes — la Suisse italienne —, frappée par des pluies torrentielles et des coulées de boue, qui ont emporté une dizaine de vies.

Nous avons certes accompli de réels progrès : systèmes d’alerte, stratégies nationales, implication des acteurs locaux. Mais soyons honnêtes : nous restons loin des sept objectifs fixés à Sendai — qu’il s’agisse de réduire les pertes humaines, de limiter les dégâts économiques, ou d’assurer un accès universel aux alertes précoces. La trajectoire actuelle n’est pas à la hauteur de nos ambitions. Ni de nos responsabilités.

Chères participantes, chers participants,

Face à la croissance inquiétante des catastrophes naturelles — aggravées par la prolifération des conflits armés —, il devient impératif d’agir avec détermination, en s’appuyant sur les principes de Sendai : anticiper, prévenir, renforcer la résilience.

Cette 8e session est ainsi notre dernière fenêtre de cinq ans avant l’échéance de 2030. Elle doit être un moment de sursaut.

Je vous invite à :

·       Clarifier les responsabilités et encourager des partenariats solides.

·       Ancrer l’action dans la science et l’innovation - y compris l’intelligence artificielle.

·       Préparer un bilan rigoureux de la mise en œuvre du Cadre de Sendai, et tracer la voie à suivre sur la base des enseignements tirés.

·       Intégrer la réduction des risques dans les politiques publiques et mobiliser des ressources concrètes, aux niveaux national et local.

Les outils existent. Les données sont là. Il s’agit de concentrer nos ressources disponibles sur l’essentiel, pour des résultats rapides.

Face aux risques globaux — dérèglement climatique, catastrophes naturelles, conflits armés —, notre seule réponse crédible ne peut être que globale et coordonnée.

Malgré les tensions que traverse le système multilatéral, celui-ci demeure le seul cadre capable de dégager une vision stratégique d’ensemble. Mais les agences internationales ne peuvent — et ne doivent — se substituer aux responsabilités nationales et locales. Le principe de subsidiarité est fondamental. L’action doit s’ancrer dans les mentalités, les priorités et les besoins des populations concernées.

Penser globalement. Agir localement.

Ce n’est pas un slogan. C’est une exigence.

Puisse alors l’esprit de Genève éclairer nos réflexions et nourrir notre créativité, afin que vous trouviez, ensemble, les meilleurs chemins pour nous conduire vers Sendai.

Votre action est aujourd’hui plus importante que jamais.

Je vous remercie.